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01/09/2020

Panaït Istrati, d'une langue à l'autre

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(Mes photos- La Méditerranée à Villefranche-sur-mer)

Figure de la littérature roumaine de l’entre-deux-guerres, Panaït Istrati raconte, dans ses récits autobiographiques, les nombreux voyages qu’il fait en Italie, en Egypte, en Suisse, au Liban, en Grèce, voyages qui sont pourtant voués à l’échec. Ses incessantes errances à l’étranger dévoilent, dans des histoires amusantes ou tristes, des endroits et des personnages pittoresques, mais aussi la pauvreté et la misère qu’il rencontre partout. « C’est de justice que j’avais soif », écrit-il à Romain Rolland, et nous retrouvons cette soif aussi bien dans ses écrits autobiographiques, que dans les textes politiques du syndicaliste qu’il était.

Elisabeth Geblesco, psychanalyste et enseignante à la Faculté des Lettres de l’Université Nice, née dans une famille tant française que roumaine, est l’auteur d’une thèse de doctorat consacrée à Panaït Istrati, la première en France. En 1989, l’année qui allait changer la face du monde, elle en a proposé une version pour un public plus large, sous la forme de l’ouvrage Panaït Istrati et la métaphore paternelle, publié aux Editions Anthropos-Economica, collection Psychanalyse. L'objet du livre: retrouver dans l’écriture d'un auteur roumain francophone, Panaït Istrati en l'occurrence, la trace de "la métaphore paternelle inconsciente" et faire fonctionner celle-ci. Avec ce texte, l’auteur psychanalyste restitue à l’écrivain roumain sa vérité, en déchirant l’étiquette qui lui était souvent attachée, celle de vagabond inspiré. Car Panaït Istrati est unique dans son genre, si nous pensons que les autres auteurs issus comme lui des couches populaires ont, en règle générale, écrit dans leur langue maternelle et non dans une langue étrangère apprise sur le tard.

Le livre m’a été offert par Elisabeth Geblesco le 6 août 1991 (fête de la Transfiguration, voilà comment on est dans le réel, le symbolique et l’imaginaire, à chaque instant), lors de mon deuxième séjour à Nice, avec cette dédicace : « A Carmen Nedelea (au nom istratien…) en toute amitié ». Il est vrai que je venais d’une ville sur le Danube, située à 30 km de celle de l’écrivain roumain. Durant mes propres années de doctorante à Nice, l’université m’a accordé une bourse en échange de douze heures de travail hebdomadaire à la bibliothèque universitaire, où il m’est arrivé de répertorier des documents d’archives concernant Panaït Istrati. Elisabeth Geblesco est décédée la même année que mon père, en 2002.

Mais que cherche Panaït Istrati en quittant sa ville au bord du Danube pour une longue errance « sur les rives de la Méditerranée, où se lève et se couche le soleil » ? Il rend visite à Romain Rolland en 1922, après lui avoir envoyé une lettre trois ans plus tôt. L’écrivain français l’encourage à écrire. Panaït Istrati vit sur la Côte d’Azur, le plus souvent à Nice, il se rend de temps en temps à Paris. Invité aux fêtes du dixième anniversaire de la révolution, il part pour Moscou, il visite l’URSS dans des groupes officiels. Mais ce qu’il voit en URSS est différent de l’image que s’en faisaient les intellectuels français, il le dit, l’écrit, et c’est ce qui va causer la rupture avec Romain Rolland. « Alors qu’un Louis Aragon, un Romain Rolland, par exemple, ont attendu sciemment tant d’années non pas pour révéler eux-mêmes mais pour permettre que la vérité soit dite sur le sort des travailleurs en URSS, Panaït Istrati a osé écrire qu’une nouvelle classe possédante régnait en Russie, qui opprimait les paysans et les ouvriers aussi férocement que l’avait fait l’ancienne. Ainsi, Istrati fut l’un des premiers à dénoncer la dictature soviétique au nom de l’éthique, comme au nom des travailleurs, ouvriers et paysans, dont il était issu. (…) Cela au nom d’une vision de l’homme avant tout éthique : l’homme est valeur suprême pour l’homme, et ce qui atteint le plus misérable des humains atteint l’humanité en son entier. (…) De ce témoignage, Istrati mourra. Solitaire, déshonoré, accablé des insultes de la gauche européenne, réduit à la misère physique, matérielle et morale. Lorsqu’il écrit à Nikos Kazantzaki ces quelques mots tragiques : « Ecoute, Nikos, c’est la Russie qui m’a tué… »  soyons sûrs qu’il ne s’agit pas d’un effet rhétorique mais de la plus crue des vérités. »

C’est là une réflexion sur le Pouvoir et sur l’Ethique qui sera toujours d’actualité.

Voici un extrait de Mes départs, écrit pendant qu’il vit à Saint-Raphaël en 1927, et paru aux Editions Gallimard en 1928.

 

 

Pour atteindre la France

 A Charlie Chaplin, -l’humain « Charlot », que je ne connais que par ses films, je dédie ce film de ma vie. P.I

III Direttissimo

Pour atteindre la France  -qui a toujours été regardée par l’Orient comme une amante idéale – nombre de vagabonds rêveurs se sont éperdument lancés à son appel, bien plus qu’à sa conquête, mais la plupart, les meilleurs peut-être, ont laissé leurs os avant de l’avoir connue, ou après, ce qui revient au même. Car il n’y a de beauté que dans l’illusion. Et qu’on atteigne ou non le but de sa course, l’amertume a presque le même goût dans les deux cas. Les fins se valent toujours. Ce qui importe, pour l’homme aux désirs démesurés, c’est la lutte, la bataille qu’il livre à son sort pendant que ses désirs persistent : voilà toute la vie, la vie du rêveur.

Je suis un de ces rêveurs. Et j’ai voulu jadis, entre tant d’autres désirs, atteindre aussi la terre française. Voici une de mes tentatives échouées, la plus belle.

Je me trouvais au Pirée (il y a de cela juste vingt ans), en compagnie du meilleur frère de route que mon existence ait connu, le seul ami dont l’âme se soit jamais entièrement soudée à la mienne. Et cependant, nous allions nous séparer : une tristesse intime, qui venait de déchirer subitement son cœur, l’arrachait à ma passion amicale et l’envoyait s’enfermer pendant quelque temps dans un monastère du mont Athos.

Pendant trois jours, après notre débarquement au Pirée, nous nous promenâmes, silencieux et chagrins, parmi des ruines glorieuses qui ne firent qu’augmenter la détresse de nos pauvres âmes ; puis, l’instant vint où nous dûmes nous embrasser, pour ne plus nous revoir peut-être. Ah ! que cela est triste lorsqu’on aime un homme ! De notre dernier repas, -du pain et des olives étalés sur un journal, - nous ne pûmes presque rien avaler. La petite chambre d’hôtel nous semblait mortuaire. Nous séparâmes nos effets, partageâmes notre avoir commun, une soixantaine de drachmes, et pleurâmes bravement.

Comme je voulais partir pour la France, et que mon ami s’y opposait, il me dit une dernière fois :

-N’y va pas…Sois raisonnable…Tu as une mère qui tremble pour ta vie. Tant que nous étions ensemble, cela pouvait encore aller : je parle plusieurs langues et suis plus débrouillard que toi. Mais, seul, tu souffrirais beaucoup plus.

Puis l’Occident, qui a des ailes de nuit, est plus dur pour les vagabonds que l’Orient, qui n’en a point. Laisse au diable Marseille : si tu savais ce que cette ville me coûte ! Rentre chez toi, épouse une petite nigaude cousue d’or, vis d’un travail assuré et meurs en paix. Les rêves ?...Couve-les au coin du feu de ta cheminée, qui est moins coûteux que celui qui embrase le sang : le jour de ta mort, ton visage en portera moins de balafres. Crois-moi, Panaït…Le bilan de tous les rêves vécus se chiffre par des désastres. Et il est juste qu’il en soit ainsi ; autrement, il n’y aurait que des rêveurs. Allons…Promets-moi que tu prendras demain le bateau de Constantza.

Mon ami me parlait en me serrant les deux mains, et ses beaux yeux humides, son beau visage de frère étaient tendrement faux : il ne croyait qu’à moitié ce qu’il disait, il mentait affectueusement.

Je lui mentis à mon tour, en lui promettant de suivre ses conseils, et il partit convaincu que je n’en ferais rien, car ce n’est pas en vain que nous étions de la même trempe.

Dès que je me trouvai seul, la terre se vida de sens, les hommes me parurent absurdes ; le lendemain, debout sur le quai, les oreilles bourdonnant des belles rimes françaises que mon ami récitait le soir, je laissais les dernières embarcations accoster le bateau roumain, puis le bateau lui-même partir vers Constantza.

Deux jours après, un navire de la Compagnie des Messageries maritimes, le Saghalien, partait pour Marseille, via Naples.

Je fis ma valise. (…)

 


Mise à jour (2 septembre) Panaït Istrati a une rue d'environ 70 m qui longe la façade du Collège Don Bosco, à Nice. Je l'ai découverte par hasard, en février dernier, en descendant par là, et je suis repassée ce matin pour prendre une photo

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08/01/2019

Le cancre entre en scène

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(Mes photos-Mon bouleau argenté)

On ne l’aurait pas imaginé, mais c’est un fait : la Première ministre roumaine est la responsable de la Présidence de l’UE, pour six mois. Sur Internet, on peut trouver de nombreux titres concernant la Roumanie en ce moment, et, pour une fois, la presse européenne et internationale donne des détails et formule ses inquiétudes. Le Journal d’information de la TVRi fait passer en bas de l’écran l’annonce de la cérémonie en direct pour ce 10 janvier à 22 heures, l’heure roumaine (très discrètement, d'ailleurs, une seule fois, je ne sais même pas comment je l'ai aperçue). Je ne voudrais surtout pas manquer ce moment historique, je serai donc devant mon poste de télévision, en France.

Le seul souci de la Présidence roumaine, exprimé dans le discours officiel de sa responsable, concerne « l’image du pays ». En d’autres termes, une mise en garde contre les critiques, sinon vous êtes traître à la patrie. N’empêche, tout le monde est au courant que la patrie est gouvernée par un groupe infractionnel organisé, et l’évolution est telle, que même les officiels européens semblent avoir mis en veilleuse la langue de bois. Pendant six mois, la Présidence serait en charge d’environ deux cents dossiers européens, alors que le gouvernement roumain n’est obsédé que de sa cuisine interne : comment échapper à la justice, comment subordonner la justice, enfin, le peu de justice qui existe dans les procédures en cours, car les humains censés la rendre sont eux aussi, des êtres faibles… Mais déjà le gouvernement roumain annonce prudemment qu'il fera office de médiateur...Comprenez ce que vous voulez..La Finlande fera le reste.

La meilleure, c’est que le leader du parti communiste au pouvoir (nommé parti social-démocrate, je rappelle), le leader qui dirige sans gouverner, car il est empêtré dans des affaires judiciaires, eh bien, celui-ci vient de porter plainte contre la CE, à savoir contre l’OLAF, l’organisme européen qui l’accuse de fraude. Alors, l'OLAF va-t-il aller au bout ? Car cela fait des années qu’aucune de ses enquêtes ne peut aboutir en Roumanie. A ce sujet, j’ai fait une recherche dans les archives, afin de trouver quelques souvenirs. En voici trois datant de 2004 et de 2007, mais il y en a beaucoup où figure OLAF.. J'ai gardé aussi leur réponse formelle, et aujourd'hui encore, je vois comment le rouleau compresseur d'une administration peut valoir celui d'une pieuvre mafieuse, en termes d'efficacité, de résultat.  

Correspondance/OLAF/CE (2004)

Correspondance (réponse OLAF 2004)

OLAF essaie d'investiguer en Roumanie (2004)

Update (2007)

03/03/2016

Thérapie nationale

Sa Majesté le Roi Michel de Roumanie lit en ce moment les dernières pages du livre de sa vie. Il a 95 ans, et il a un double cancer. Chaque destin est un livre, le sien a été triste, mais digne, courageux et fidèle, autant que cela a été possible, car lié à l’Histoire et à son pays. Il n’y a pas dans son livre cette page-là où il retrouvait son trône, après avoir été forcé, par le premier gouvernement roumain soviétique, à abdiquer et à s’exiler en 1947. Et donc il n’y a pas, dans le livre commun des dernières générations de Roumains, cette page-là à partir de laquelle ces générations auraient vu autre chose que le communisme-caméléon. On se souvient bien comment, quelques mois après « la révolution » de ’89, le Roi Michel a été empêché d’entrer et a dû rester à l’aéroport, à Bucarest, pour être finalement acclamé par une marée humaine à son passage sur le boulevard Nicolae Balcescu..Les années qui ont suivi ont été quelque chose d’autre, mais pour des raisons élémentaires de respect et de compassion, je vais m’abstenir, cette fois-ci, de mettre ne serait-ce que la pointe du pied sur le terrain marécageux de la politique roumaine et de ses tactiques spéciales..

Néanmoins, je pense profondément que nous devrions, au moins tant que la vie est encore là et que le Roi n’est pas encore passé dans l’histoire, offrir une réparation symbolique. C’est-à-dire reconnaître ce qui est notre part de responsabilité, en tant que peuple. Au lieu de souhaiter quasiment l’impossible à celui qui est maintenant un homme sur un lit d’hôpital, nous ferions peut-être mieux de nous voir tels que nous avons été et que nous sommes vraiment, et de le dire, de le formuler, comme dans une thérapie, pour nous délivrer de l’impuissance, de la duplicité, de la lâcheté qui nous collent à la peau comme une seconde nature. Cela vaudrait cent fois plus que des prières..

Je garde les réponses que j’ai reçues de Versoix (en 1998, 2000, 2001, étape à laquelle je cherchais un soutien à mon projet avec la Roumanie), peut-être plus précieusement que les diverses réponses que j’ai pu accumuler de la part de responsables roumains, européens ou autres, au fil des années. Mais il existe un temps propice pour toute chose, et il faut saisir les moments de grâce ou de chance lorsqu'ils se manifestent. Et s’ils ne se manifestent pas tant que vous en avez encore le désir et l’espoir, il faut tourner le dos, et prendre une autre route. En ce qui me concerne, la Roumanie ne représente plus le but de ce projet-là. A la limite, elle peut être un élément de l'ensemble, mais absolument pas indispensable. 

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30/01/2016

Il y a 12 ans, sur ce même blog

blog, 2004, claudiu, us customs broker license, Cefro, ue (Mes photos- Janvier à Nice)

Je publiais la version en français de cette lettre adressée à mon fils fraîchement diplômé de College of Charleston, en Business Administration. Je viens de la relire aujourd'hui, un jour de mémoire pour nous deux. C’est aussi avec le soutien de son grand-père, en plus de mes emprunts bancaires, que Claudiu a pu mener brillamment ses études coûteuses en France et aux Etats-Unis. Je réalise, encore une fois, que ce que moi j’appelle la part du Destin, c’est-à-dire les 50% lui appartenant dans notre travail en commun, est plus rude, mais beaucoup plus lucide et plus réaliste. Ce n’est que le recul qui rend possible une sorte de consolation, voire de réconfort. Claudiu ne vit pas en Roumanie, mais aux Etats-Unis, et depuis 2006, et dans l’esprit américain, il a constamment évolué au sein de sa compagnie. Il vient d’ailleurs d’y obtenir une nouvelle position, et sa persévérance pour passer une licence de Customs Broker, il y a deux ans, a payé. Il est donc, d’après son profil Linkedin, "Global Freight Forwarding Account Manager at UPS SCS (Supply Chain Solutions) Licensed Customs Broker". Bien entendu, il n’est plus question de notre structure créée initialement en Roumanie dans les années ’90, et qui a toujours été en sommeil, faute de financement.. Il est question de CEFRO, que j’ai créée en France (www.cefro.pro et www.cefro-trading.com). Cette fois-ci, elle n'a pas besoin de financement, seulement de clients, à condition qu'ils soient différents de ceux que Claudiu aurait sur son territoire américain, et cela afin que tout conflit d'intérêts soit exclu. Donc, des clients de l'UE !