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22/07/2020

Ce pactole européen qui va partir en fumée

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(Mes photos- Nice, Juillet 2020)

Personne ne mettrait en doute les bonnes intentions du président Iohannis qui déclare, au lendemain du sommet historique de Bruxelles (le plus long depuis celui de Nice, en 2000, consacré à l’élargissement à l’Est), que les presque 80 milliards d’Euros obtenus pour son pays seront destinés aux travaux d’infrastructure, de modernisation de systèmes publics, à la construction d’hôpitaux et d’écoles. Cet argent servira le plan de relance économique post-pandémie. « C’est un jour important pour la Roumanie, un jour important pour le projet européen, et nous allons avancer, cet argent devra être utilisé à la reconstruction de la Roumanie. »

C’est ce qu’il convient de dire, et c’est une simple déclaration officielle. Parce que voilà, le pays est le résultat de trente années de pillage, de corruption et d’incompétence institutionnalisée, d'émigration. Avec un Etat de droit qui n’en est pas un, avec un maillage clientéliste au niveau de toutes les structures administratives, avec l’argent public siphonné par les réseaux mafieux et les intérêts des partis politiques, il est tout simplement illogique de croire qu'un renversement de situation serait possible. Une situation solidement ancrée. L’eurodéputé Dacian Ciolos, ancien commissaire européen, président du groupe Renew Europe au Parlement européen, voit une chance historique dans ces fonds: « Nous avons besoin pour la Roumanie d’une vision claire de la direction dans laquelle nous souhaitons l'engager. Il faudra une réforme de l’Etat, de l’administration, pour être sûrs que l’argent public sera correctement utilisé dans des investissements publics ».

Autrement dit, nous avons besoin d’une stratégie, ce que la Roumanie n’a jamais eu, enfin, à part la l’édification du communisme… Il est vrai que l’UE traverse la plus grande crise depuis sa création, et que l’accord trouvé après d’âpres négociations est unique car, pour la première fois dans son histoire, l’UE s’endette collectivement : une enveloppe globale de 750 milliards d’euros, dont 390 non-remboursables et 360 de prêts. Mais souvenons-nous que la Roumanie se distingue entre tous par la plus faible capacité d’absorption des fonds européens. Elle n’avance pas de projets pour accéder aux fonds, son système mafieux spécifique fait que les responsables politiques, administratifs, etc., ont leurs propres business et des contrats avec l’Etat. Alors, faire de grands projets d’investissements publics, d’infrastructure, n’intéresse personne. Tout se concentre autour du jeu politique qui doit profiter au maximum au système mafieux complexe. Celui-ci ne pourra être démantelé, c’est impossible. Il peut exister, par-ci par-là, dans tel ou tel ministère, de rares personnes honnêtes ayant un cursus international, mais en vérité, elles sont impuissantes, et finalement elles seront remplacées ou elles jetteront l’éponge. Le manque de compétences est un aspect presque tabou en Roumanie, normalement on devrait en avoir honte, si l’on est lucide. Et quand on est compétent, on est broyé par le système qui est le plus fort, cela va de soi. Le plus triste, c’est la fraude intellectuelle qui prospère justement parce que les compétences réelles sont absentes. Bien entendu, la Roumanie va se débrouiller pour monter certains projets et accéder à une partie des fonds disponibles dès l’automne (pour le plan de relance post-pandémie). 

En principe, cela devra se passer d’après un schéma bien connu, comme je l’écrivais dans une note en 2008 (le fait que l’on se trouve, douze ans après, dans un plus grand désastre, ne changera pas le mécanisme, peut-être que les 5% de commission deviendront 10%)

"La Mafia des fonds européens vole l'argent des agriculteurs" (FLAGRANT - Mafia fondurilor europene fură banii ţăranilor)

 "La Roumanie est le seul pays qui, pendant la première année suivant son entrée dans l'UE (2007), n'a toujours pas eu accès à un seul euro des fonds européens. En revanche, elle a versé au budget de l'Union sa côte de 1,1 milliards euros. La réalité, c'est que l'accès aux fonds européens est filtré par une Mafia composée justement de fonctionnaires habilités à aider les investisseurs dans le montage des projets et dans l'obtention des subventions. Ces mafieux exigent un pourcentage de 5% des fonds débloqués. Ils proposent "du conseil" dans la rédaction et la validation du dossier. Voici plus loin le cas d'un haut fonctionnaire de l'Agence des Paiements et des Interventions pour les Agriculteurs (APIA), institution qui joue un rôle déterminant dans l'approche des fonds européens. (...) APIA est une institution mammouth qui comprend une armée de fonctionnaires grassement payés (des salaires en milliers d'euros) et qui n'ont toujours pas réussi à faire les démarches nécessaires pour recevoir les fonds UE (...)."   

 Le problème, c'est si/comment l’UE entend y réagir, elle-même étant composée de fonctionnaires fort bien payés, habitués à la lenteur des procédures.. Après, il y a les divers lobbies, les networks qui se tissent entre fonctionnaires, diplomates, représentants, etc., à un niveau autre que celui du petit investisseur ou entrepreneur qui lui, souhaiterait faire quelque chose de concret, avec des euros concrets..

 

Dans les Archives, on pourra trouver plusieurs articles consacrés au sujet inépuisable des fonds européens en tapant un mot-clé dans la case Rechercher, par exemple "fonds UE". En voici un, toujours de 2008 (Les Fonds II/INTERREG). Dans les premières années qui ont suivi son adhésion, la Roumanie a produit une mafia des fonds européens, et des sommes colossales ont été détournées. Avec le temps, l’UE a mis en place des mécanismes de vérification qui ont fait diminuer l’intérêt pour les programmes européens financés, étant donné qu'on ne pouvait plus frauder aussi facilement. Alors, on s’est tourné vers la combine des partenariats bilatéraux, tout le monde y étant gagnant, moins le pays dans l'ensemble, qui a continué à s’enfoncer, moins les citoyens ordinaires qui, eux, ont trouvé la solution de l’émigration.    

26/06/2020

Un quart de siècle

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(Mes photos - Premier voyage après le déconfinement à Villefranche-sur-mer)

Le 27 juin, c’est le jour anniversaire de ma belle Thèse, La Rhétorique de la Passion dans le roman médiéval, qui a été beaucoup plus qu'une Thèse. Elle a joué un rôle de rempart pour moi en France, me permettant de résister et de garder intactes l'estime de soi, la force, la persévérance. Je le marque chaque année, à ma manière, en publiant quelque chose sur mes espaces (blogs, page Facebook), et aussi en faisant le geste rituel qui consiste à descendre l'exemplaire de son étagère et à l'ouvrir au hasard. A la fin, je m’arrête sur l'énigmatique page 283 (énigmatique dans le sens de prophétique), où j'aborde le sujet du choix, de la volonté et du processus de délibération, et à chaque fois, c'est un nouveau départ pour la réflexion. Bien sûr, par amour de la sémantique, je m’offre toujours une glace au fruit de la passion.

Une amie de longue date me suggère de relire la Thèse, puisque c'est un anniversaire plus spécial (elle l'a relue plusieurs fois, elle possède un exemplaire), mais je lui réponds qu'aujourd'hui cela m’est impossible. Ce n'est pas à cause de ma propre évolution, mais parce que c’est paradoxalement douloureux. Ma Thèse de 450 pages (je l'avais tapée toute seule) se trouvait à la croisée des chemins de plusieurs disciplines: la littérature médiévale en langue vulgaire (le roman, principalement), la philosophie et la spiritualité, lues à la lumière des développements récents des sciences modernes (linguistique, sémiotique, psychanalyse). Le jury a apprécié mon point de vue comme étant "peu habituel et enrichissant pour examiner la littérature et la pensée des XIIe et XIIIe siècles", et m'a accordé la mention Très honorable à la majorité. Pour la soutenance (à la Faculté des lettres, salle 133, de 14h30 à 18h30), j'avais mis une blouse roumaine blanche, brodée au fil de soie blanc, et une jupe noire légère à pois. La blouse, c'est mon père qui me l'avait offerte et me l'avait envoyée de Roumanie pour cet événement, il était très ému et très fier de moi.. J'obtenais donc mon Diplôme de Docteur de l'Université de Nice au bout de seulement trois ans, ce qui s'expliquait facilement par le fait que je n'avais plus 25 ans, et que j'avais déjà l'expérience de la recherche dans mes travaux antérieurs. Je disais, amusée, que j'étais Docteur en Amour, au sens le plus large. Et c'est justement l'Amour, au sens le plus large (sur lequel je m'étais penchée avec mon sérieux et ma réflexion), qui allait me protéger, m'inspirer, me guider, me soutenir. 

Pour cet anniversaire, le hasard a ouvert ma Thèse à la page 233:

"L'amour (l'agapè) est donné à l'homme gratuitement (Dieu est amour), c'est une faculté de l'homme (affectus), mais qui se manifeste différemment parce que les hommes ne la possèdent pas (ils l'ont sans la posséder). Or, posséder c'est prendre conscience de ce que l'on veut posséder (nous rappelons que l'identité entre connaissance et amour, l'un étant la condition de l'autre, est une idée très chère au Moyen Age)."

J'ai sélectionné deux liens dans les Archives (ils envoient aussi à d'autres liens), et une photo, que j'ai prise récemment : 20 ans ; 23 ans...

Photo -Représentation du Saint Suaire, Chapelle de la Très-Sainte Trinité et du Saint Suaire, Confrérie des pénitents rouges, dans le Vieux-Nice.

Par une chaude après-midi de mai 2005, je me trouvais dans cette église pour assister à une conférence sur le Saint Suaire. J'avais déjà vu le linceul de près à Turin, où j'étais allée avec mon fils en 2000 pour l'exposition publique (l'ostension), parce que j'avais à l'époque un emploi auprès de l'Evêché de Nice. Au moment même où se déroulait la conférence dans la petite chapelle du Vieux-Nice, Claudiu était en train de survoler l'Atlantique pour retourner définitivement aux Etats-Unis. 

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26/04/2020

Nos libertés

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(Photo crédit Claudiu N. - New York en février 2020)

 

Un entretien avec le philosophe roumain Gabriel Liiceanu, sur RFI, sur fonds de crise Coronavirus.

"Si nous voulons nous consoler ou être rassurés par rapport à ce qui nous arrive maintenant, nous pouvons penser aux terribles épidémies qui ont sévi dans l’histoire de l’Europe et du monde. Certes, ce que nous vivons en ce moment est inédit, mais nous devons relativiser et éviter la tentation du désespoir apocalyptique. En fait, il s'agit d’une guerre sanitaire et d’une guerre économique. La guerre sanitaire a l’air d’être menée plutôt dans de bonnes conditions. En revanche, la guerre économique est incertaine, nous ignorons comment nous sortirons de cette période, mais nous en sortirons. D'un autre côté, je me demande à quoi va ressembler un livre après cette pandémie. Nous ne serons plus les mêmes. Beaucoup de gens ont compris que l’humanité ne pourrait plus continuer à vivre comme jusque-là. La globalisation sera remise en question. Elle a été exaltée, on a dit qu’il était extraordinaire de pouvoir circuler librement, dans le monde entier, que les cultures pouvaient se rencontrer, que tout était merveilleux, or, en ce moment, nous sommes en train de nous rendre compte que nous avons offensé les limites, les frontières. Je pense que des notions comme peuple, nation, communautés de langue, de valeurs, seront revalorisées, sans que nous soyons obligés pour autant de bafouer les droits fondamentaux de l’homme.

Ces derniers jours, j’ai été en contact permanent avec des amis de l’étranger, des Etats-Unis et de l’Occident européen. Savez-vous comment des intellectuels humanistes comme nous perçoivent l’actualité ? Ils ne sont pas trop impressionnés par le fait que les gouvernements semblent gérer la guerre sanitaire, mais ils déchiffrent une ruse du Pouvoir derrière ces mesures. Car eux non plus, ils ne font pas confiance au Pouvoir et aux gouvernements, et ils pensent que, une fois ces libertés limitées, une démocratie totalitaire pourrait se mettre en place. Ils pensent donc qu’il s’agit d’une hypocrisie fondamentale du Pouvoir qui veut nous faire croire qu’il est préoccupé de notre bien, qu’il veut nous protéger, et que les libertés qu’il est en train de restreindre, avec notre accord, continueront d'être limitées dans le futur. En Roumanie, la situation est encore plus grave, parce que nous sommes habitués, depuis trente ans, à ne plus faire confiance, nous savons que les hommes politiques nous utilisent simplement comme une masse de manœuvre dans leurs propres intérêts. C’est pourquoi, avec ce nouveau gouvernement (qui, heureusement, est à bonne distance de celui que nous avons eu précédemment), nous nous demandons si ces gens-là sont préoccupés vraiment de notre bien. Les mesures de restriction semblent être acceptées par tout le monde comme des mesures rationnelles. Mais pour ce qui est de la guerre économique, c’est dramatique. En ce moment, nous sommes dans un brouillard fiscal épais.

La position de chaque homme normal devrait être celle-ci : chacun décide de ce qu’il fait de sa propre vie, sauf que cette épidémie ne se limite pas à notre vie individuelle. L’irresponsabilité de ceux qui ne respectent pas la distanciation, le confinement, met en danger les autres. Tout le problème est là : si vous tombez malade, vous transmettez la maladie à vingt autres personnes." (L'article avec l'enregistrement audio Coronavirus/Gabriel Liiceanu)

 

En France, où il y a un problème de masques disponibles pour la population (ils sont en vente en pharmacie uniquement pour le personnel de santé), chaque collectivité territoriale gère à sa manière. La Mairie de Nice va distribuer un masque gratuit aux habitants : on accède au formulaire de demande de masques sur internet (ou on commande par téléphone), et on indique son nom, son domicile, son numéro fiscal. On reçoit un numéro d’enregistrement, et quelques jours après, une convocation avec le lieu, la date et l’heure pour retirer le masque, et les justificatifs à présenter : convocation comportant le QR code imprimée ou lisible sur le téléphone, un justificatif de domicile (avis de taxe d’habitation ou facture EDF, téléphone…), l’attestation de déplacement dérogatoire sur laquelle il faut cocher le motif 4 (déplacement pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables ou la garde d’enfants)..

Quand j’ai expliqué tout cela à mon fils, il a ri et a dit qu’aux Etats-Unis ça ne marcherait pas...Bien sûr. Tout cela pour un masque de protection, que j’aurais dû acheter normalement en grande surface, en pharmacie, au bureau de tabac, au distributeur, etc..,  pour quelques euros. Tout le monde dispose de ces quelques euros, après tout. J’ai reçu la convocation, j’irai donc retirer mon masque, munie de tous ces papiers justificatifs, et avec un sentiment inconfortable.. Nous glissons vers quelque chose, et j’ai l’impression de l’avoir vécu une fois, puisque je le reconnais..

 

Voici deux activités du confinement : mon album photos Confinement 2020

 et le Live organisé par DJ Klaws (Claudiu) ce week-end:  https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1015748315201...

01/04/2020

La Chine et nous

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(Mes photos- Nice, l'Avenue Jean Médecin pendant le confinement)

L'article Chinavirus (que je traduis librement plus loin) met en perspective le contexte dans lequel nous vivons et nous fournit quelques données concrètes, que nous aurions pu oublier ou ignorer. Dans le texte d’origine, vous trouverez les hyperliens vers les articles en anglais cités par l’auteur.   

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