24/04/2009

Il y a cinq ans, l'Otan

Le Secrétaire général de l'Otan, dont le mandat prendra fin le 31 Juillet prochain, vient de faire une courte visite à Bucarest, dans sa tournée d'adieu (România mai trimite 140 de militari în Afganistan). La Roumanie est membre de l'Otan depuis cinq ans. Comme ce blog ouvert précisément il y a cinq ans est issu d'un attachement au processus d'intégration euro -atlantique, je me souviens de l'une de mes démarches à l'époque: une lettre ouverte adressée à Monsieur le Sécrétaire général. Elle se trouve toujours dans mon inbox, et je crois qu'elle peut figurer plus loin, dans la liste Témoignages. Comment on dit déjà? Le mérite de l'intention...
Update. Evénement de dernière minute: la visite de deux jours du Prince Albert de Monaco en Roumanie, à l'invitation du Président roumain, donc visite d'Etat..Bien entendu, nous ne connaîtrons pas le but réel de la visite, mais qui peut nous empêcher de réfléchir ?? Surtout qu'en l'occurrence, ça ne devrait pas être un exercice trop difficile..

28/09/2006

Très cher papa,

"Tu sais, n'est-ce pas, que pour moi, notre entrée dans l'UE coïncide dans quelques mois avec le renouvellement de ma carte de résidente en France  -et oui, dix ans déjà. Tu te souviens aussi que maman a failli avoir une attaque lorsque je vous avais fait connaître ma décision. Et ton expression prophétique, "ramper comme un serpent", s'est avérée juste. Je sais bien que, dans ta vision des choses, je n'ai pas exactement réussi. Enfin, selon les critères de la réussite unanimement acceptée chez nous (et ici aussi). Toutes ces gens-là, que tu aidais avec tes conseils et pour qui tu rédigeais des statuts de sociétés, ou que tu représentais au Tribunal pour des affaires d'argent, de contentieux,  - ces gens-là ont prospéré, ont grossi. A mon avis, ils se sont avachis (j'en ai rencontré un cet été, tu l'aimais bien, tu l'avais voulu comme gendre à une époque, il est sénateur et ne sait plus où investir son argent..). Bien sûr, ils ont de belles villas, roulent dans de belles voitures, ont des comptes bien garnis, vivent plus que décemment... Pourtant, tu sais comment ils y sont arrivés... Et parfois, parce que tu étais désespéré à cause de moi, il t'arrivait de me les donner pour exemple...
Je te comprends, mais tu sais, je préfère me passer dans la mémoire le film des années '80. Tous dans une galère commune, on jouait un jeu idiot qui paraissait éternel, comme l'idéologie en place. Paradoxalement, le fait d'être des complices solidaires rendait l'existence par endroits plus supportable qu'elle ne l'est aujourd'hui (pas pour tous...). Tu passais chaque dimanche matin à la maison, tu me trouvais toujours dans la cuisine, en train de préparer des plats pour la semaine, et à écouter en sourdine à la radio le poste interdit "Free Europe". Je te proposais le petit café rituel, et on commençait à parler politique, à refaire le monde...Ces moments me manquent énormément, surtout maintenant. Tu serais amusé de voir nos frais Eurodéputés, qui ne parlent bien aucune langue, sauf la langue de bois (tu as raison, ils n'ont pas besoin d'une autre). Bien sûr que j'ai hérité de ta révolte contre la bêtise et l'injustice, seulement, moi, je me suis vue obligée de calquer mon destin dessus. Il y a quelques années, tu m'as dit avec une amertume résignée: "Tu aimes les choses difficiles, ma fille...". Ce sont elles qui m'aiment aussi, papa.
Je suis sûre qu'aujourd'hui tu vois les choses différemment. Ta résignation a dû se transformer en acceptation joyeuse (c'est l'alchimie de l'esprit, maintenant tu dois connaître pour de vrai cette théorie-là, sur le désir essentiel...).
Je sais que tu seras toujours présent, et que tu ne tarderas jamais à me souffler les bonnes réponses (oui, tu as voulu que je fasse du droit, et pas de lettres, mais, tu vois, je me suis parfois débrouillée tout aussi bien qu'un spécialiste).
J'espère pouvoir venir en Roumanie le plutôt posible te dire bonjour et arroser la plante, il paraît que tu l'aimes beaucoup et qu'elle s'y plaît! 
Tu sais, n'est-ce pas, que dans quelques mois, tu auras une arrière-petite-fille qui devra se montrer travailleuse, car elle devra parler également le roumain et l'anglais.
Essaie d'être en paix!
Ta fille qui t'aime, Carmenouch.
P.S. Tu vois qu'à Bucarest, en ce moment, il y a le Sommet de la Francophonie, n'est-ce pas? Non, je ne peux te dire exactement à quoi cela sert, j'ai lu que le thème portait sur la société de l'information et sur l'éducation... Ambitieux, tu ne trouves pas?"

12/12/2005

Entre expatriés

Fragments de correspondance
"Alors...c'est à moi de relancer? Bon, d'accord, cette fois-ci j'ai quelque chose qui ressemble à une nouvelle: le mois prochain j'irai à NY (si j'ai le visa..., j'ai rempli une quinzaine de formulaires) pour un concours visant un poste de professeur à l'ONU. Il paraît qu'il y a suffisamment de candidats, mais cela vaut la peine d'essayer. Bien sûr, ce serait trop beau, tous les problèmes seraient résolus. Enfin, tant qu'il existe de l'espoir... Et toi? Et eux?" (...)
"Moi, je suis au chômage. Comment pourrais-je trouver un emploi convenable à 52 ans, quand je ne l'ai pas trouvé à 48, ou à 45?! C'est cela, la vraie France, et toi, tu as eu beau me contredire tout le temps, avec ton idéal français..., la réalité est bien pire qu'ils sont brusquement obligés de le reconnaître maintenant, après les trop médiatisées semaines-banlieues. Le chômage chez les étrangers est de 40%, les "consignes" visant les étrangers sont tout aussi claires pour l'embauche que pour les logements. J'ai vraiment de la chance d'avoir pu garder cet appartement, je n'aurais jamais eu un logement par moi-même, qui aurait accepté mon dossier?
Je ne crois pas qu'il existe un pays plus xénophobe (puisque je suis de type caucasien...), et qui déploie une telle énergie pour surmonter ce travers. Aux US c'est différent, là-bas tu peux réellement avoir une chance, qui que tu sois, mais c'est l'exigence qui est rude. Est-ce que tu crois qu'il existe en France trois étapes -tests, entretiens- pour une embauche? Claudiu en a fait l'expérience deux fois, et ce n'est pas rien... Ici, le relationnel joue beaucoup, en dehors d'autres critères auxquels tu ne corresponds pas déjà dès le départ, si tu es étranger. Quant au clientélisme, c'est presque comme en Roumanie, seulement en plus fin. Moi, je devrais trouver un emploi à minimum 1500 par mois, parce que les banques vont reprendre leurs prélèvements en Mai prochain, autrement, il vaut mieux rester comme ça...J'ai eu toute la bonne volonté du monde, et j'ai été d'une naïveté exemplaire en croyant que je pourrais envoyer des candidatures et être prise au sérieux. Tu te souviens? Claudiu aussi avait essayé et il ne comprenait pas pourquoi rien ne marchait...
Ce poste international serait pour toi une vraie expérience, je te souhaite de tout coeur de l'obtenir. D'abord, parce que tu pourras modérer tes opinions... C'est important.
Moi, je n'abandonne pas ce que j'ai toujours poursuivi, une chance n'est pas exclue, surtout maintenant.
Donc, prépare-toi bien, aie confiance en toi et fais de ton mieux, si tu dois l'avoir, ce poste, tu l'auras..."

12/08/2005

Concernant les e-mails précédents

Subject: Re: RE : Offre reformulée après dépôt candidature/Fwd: Vous avez reçu 2 nouvelles offres d'emploi//Elargissement
To: (...) 
Madame,

Tout en vous remerciant pour vos précisions, je me
permets simplement d'observer que ce n'est pas pour la
première fois que je rencontre ce genre de
non-concordance, apparente d'après ce que vous dites.

Il m'est arrivé, par exemple, de donner suite à une
offre pour "petits travaux secrétariat" auprès d'une
personne âgée, or il s'agissait d'heures de ménage et
de nettoyage. J'ai accepté l'offre pour des raisons
d'urgence et j'ai signalé l'aspect à l'agence locale
anpe, où j'ai appris que l'agence était parfaitement
au courant mais qu'il lui fallait "plusieurs plaintes
pour faire enlever l'offre"...Bien évidemment, le lien
spécifique anpe-recruteur relève de votre ressort, et
non pas de celui du demandeur d'emploi.

Un autre exemple, disons positif. Mon actuel CES
(animatrice BCD) renouvelé jusqu'en Octobre prochain
est dû au Service interventions du Cabinet de l'ancien
Premier-Ministre, Monsieur J-P Raffarin et à la DG
anpe. A l'agence locale 06, une conseillère qui ne
parvenait pas à masquer son hostilité, avait fini par
me trouver une offre auprès de la Ligue de
l'enseignement.
Il est plus logique d'avoir un travail où l'on est en
contact avec le livre qu'avec la serpillière, surtout
lorsqu'on est possesseur d'un doctorat français, car
autrement, vous êtes d'accord, que reste-t-il à
d'autres, comme possibilités d'emploi?
Par ailleurs, je me demande au passage, si mes chances
augmenteraient au cas où je renoncerais à ajouter à
mes coordonnées celles de mon blog
elargissement-ro.hautetfort.com.
Mais je le fais à bon escient, peut-être pour me
convaincre des limites du vieil adage français "ne pas faire de vagues...".

Salutations distinguées,

Carmen Lopez



--- (...)<lt...@emergences-rh.com> wrote:

> Madame,

> Pour votre information, je vous ai transmis cette
> offre par le biais du
> site Internet de l’ANPE avant réception de votre
> candidature. Il ne
> s’agit en aucun cas d’une « réponse déguisée » ;
> j’ai  toujours
> l’honnêteté de dire si un profil ne correspond pas à
> l’axe de recherche
> !!!

> Pour reprendre avec exactitude vos termes : «
> suggérer de faire preuve
> de plus de clarté dans la formulation d'une offre.
> En ce qui vous
> concerne, cela vous évitera la lecture des CV qui ne
> vous intéressent
> pas, et en ce qui me concerne, en tant que demandeur
> d'emploi, cela
> m'évitera de faire des démarches inappropriées. »…je
> tenais à vous
> éclairer sur un point : lorsqu’un recruteur dépose
> une offre sur le site
> Web de l’ANPE, il ne dispose que de 155 caractères
> maximum pour décrire
> la structure, la mission et le profil recherché….de
> plus, ce texte n’est
> validé par un conseiller que 2 ou 3 jours après sa
> diffusion. C’est la
> raison pour laquelle, dans un premier temps, vous
> avez visionné une
> offre sans aucune précision. !
 Après ces explications, je me permets de vous
> suggérer à  mon tour de
> détenir tous les éléments d’information avant de
> prodiguer des conseils
> et d’affirmer qu’il s’agit d’une réponse déguisée.

> Cordialement,

> L..T...



07/07/2005

Discrimination: emploi, logement

Wed, 6 Jul 2005 01:02:21 -0700 (PDT)
From: "Carmen Lopez" Add to Address Book
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Subject: Discrimination en France/Article Metro/Question
To: metrocourrier@yahoo.fr
CC: (...)
Bonjour,

J'avoue que ce qui me touche le plus en France est lorsqu'elle prend le temps de réfléchir sur elle-même avec un esprit critique authentique. Je le ressens comme un baume sur mes blessures d'étrangère (en situation très régulière). Aussi, ai-je été presque émue en entendant plusieurs fois comment elle s'était proposé de faire de la modestie une vertue plus que nécessaire lors de la candidature de Paris pour les Jeux Olympiques!

Dans votre article publié dans le Métro d'aujourd'hui, le 6 Juillet, dans la page Tribune, "Discriminations: mais que fait la police?", j'ai relevé quelques abréviations que je ne connaissais pas. Je vous saurais gré de me confirmer si je les ai correctement déchiffrées: BBR c'est bien la consigne pour Bleu Blanc Rouge, mais j'hésite pour PR4 (PE signifiant pas d'étrangers, selon des indices de 2 à 4): est-ce que cela signifie pas de résidents? Et l'indice 4, c'est mieux que l'indice 2, sur cette échelle de valeur? (par exemple, je suis Roumaine).

Je vous remercie par avance pour votre réponse,

Carmen Serghie Lopez
(...) 06000 Nice
http://elargissement-ro.hautetfort.com
serghie_carmen@yahoo.com



13/06/2005

Article dans "Le Monde"/Entreprendre

Sat, 21 May 2005 05:28:40 -0700 (PDT)
From: "Carmen Lopez" Add to Address Book
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Subject: "Le Monde" en ligne/Vos articles: sur le RMI et sur ...Nice/Entreprendre/Europe
To: courrier-des-lecteurs@lemonde.fr
CC: (...)

Bonjour,

Très émouvants, les exemples de ces deux femmes aux RMI, que "la force intérieure" mais surtout des dispositifs administratifs sachant être à l'écoute ont fait sortir de la spirale!

Je parle de l'article "Les miraculées du RMI" (rubrique Horizons) signé Dominique Le Guilledoux, paru dans l'édition du 21/05. Je connais parfaitement ce type de parcours en France, mais également les dispositifs en question -je devrais peut-être préciser, ceux du Département des Alpes-Maritimes, puisque j'habite Nice.
Personnellement, je n'ai pas eu la même chance que les deux miraculées en question: en 2002, la même ADIE, celle qui est censée donner un coup de pouce à l'initiative d'entreprendre, m'a refusé le modique prêt de 3000E pour créer une petite boutique de traductions externes (j'avais même l'appel d'offre du Secrétariat de la Commission Européenne, j'avais réuni la somme représentant mon apport financier, j'avais mis au point le dossier avec la Boutique de gestion qui était habilitée par le dispositif ACCRE du Département du Travail 06 et dont l'ADIE exigeait l'accord...).
Mais c'est peut-être l'ADIE de ce Département qui est allergique aux projets ayant trait à l'Europe. J'étais arrivée à réduire mon projet initial motivé par l'Elargissement -réaliser un Centre de formation en Management et NTIC entre la France et la Roumanie- à une formule qui correspondait aux critères de financement, quelque chose de bien modeste et que je pouvais démarrer sans aucun problème. Ils ont motivé qu'ils avaient voulu m'épargner un endettement supplémentaire et donc, je suis retournée à la case de départ, au RMI, aux CES, etc., c'était sans doute plus sûr, dans leur opinion, j'étais plus protégée...A ce jour, mon insertion continue allègrement.

J'ai trouvé opportun de vous signaler cela, surtout après avoir lu également les deux articles parus dans votre édition du 20/05, "Jacques de Nice", signés Gérard Davet. Ils m'ont amusée...

Bien cordialement,

Carmen Serghie Lopez
(...)
06000 Nice
http://elargissement-ro.hautetfort.com
serghie_carmen@yahoo.com


06/04/2005

Emploi en France

From: "HUSARD Karine" Madame Les conditions de mise en place du contrat d'avenir sont en cours d'élaboration . Suite à votre CES vous pourrez prendre contact avec le conseiller RMI de l'ANPE NICE CENTRE Rue OSCAR II . Celui-ci examinera avec vous les différentes possibilités afin de vous aider dans votre insertion professionnelle. Veuillez agréer Madame mes salutations distinguées . ----------Message d'origine----- De: Carmen Lopez [mailto:serghie_carmen@yahoo.com] Date: mardi 5 avril 2005 15:44 À: cg06@cg06.fr; dile@cg06.fr; dg.interventions@anpe.fr; premier-ministre@cab.pm.gouv.fr; folamnice@aol.com; folamnice@wanadoo.fr; ecole.0061233H@ac-nice.fr Cc: (....) Objet: Lettre CG06/Emploi en France//Elargissement-Ro A Madame Catherine Grimaldi DILE 06/Conseil Général des Alpes-Maritimes Madame, En référence à votre réponse du 12 Janvier 2005 à la lettre que j'ai adressée au Président du Conseil Général au sujet de mon projet de Centre de formation France-Roumanie, et aussi parce que vous représentez l'administration censée suivre mon insertion (intégration) professionnelle en France, permettez-moi de vous apporter quelques précisions que j'estime nécessaires dans l'évaluation de mon dossier. Ainsi que vous êtes au courant, mon deuxième Contrat Emploi Solidarité prend fin le 30 Avril prochain. Malgré mes assidues recherches d'emploi, je n'ai rien trouvé d'autre que des CES, contrat auquel, d'ailleurs je n'ai plus droit après l'avoir déjà renouvelé (six mois + six mois). Or, il est évident que je souhaite éviter une période de chômage, d'autant plus que ma situation personnelle est particulière: femme seule et en surendettement, ce dont la Commission Locale d'Insertion est parfaitement informée. Ce moratoire m'a été accordé pour 18 mois, à condition que je retrouve un emploi me permettant de continuer le remboursement de mes créanciers (à hauteur de 400Euros par mois). Je vous ferais remarquer que je ne parle plus d'un emploi qui soit conforme à mes qualifications, car après des années de non reconnaissance professionnelle en France, cela serait vraiment inutile. Dans un pays qui est tout sauf humble, j'ai appris l'humilité à travers l'insertion plus qu'à travers toutes les études théologiques ou philosophiques que j'ai dû lire pour rédiger ma Thèse (de Doctorat français). Tout comme il serait inutile et presque indécent de reformuler auprès des administrations françaises la demande de soutien pour mon projet d'intérêt européen, celui que vous avez jugé d'ambitieux. Je ne le ferai donc plus. L'impression de rejet que j'ai pu ressentir lors de mes inlassables démarches se trouve aujourd'hui confirmée par le poids du "non" au référendum. Néanmoins, je n'abandonne nullement l'idée d'installer à Nice un Centre de formation en Management et NTIC au bénéfice des cadres roumains, j'y parviendrai sûrement, en trouvant en fin de compte l'appui qu'il me faudrait. En revanche, j'aimerais savoir si je pourrais bénéficier au moins d'un Contrat d'avenir -ce type de contrat qui semble adoucir la précarité du CES qu'il remplace (800 euros pour 26H/mois)-, et qui vient de recevoir le feu vert de la part de Monsieur le Ministre Jean-Louis Borloo, Ministre de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale. Mon actuel employeur, La Ligue de l'Enseignement 06 m'a dispensé une formation de plus de 200 heures sur une année pour le poste d'animatrice en BCD (bibliothèque centre de documentation). Mon lieu de travail est l'Ecole des Genêts, Chemin de la Costière, Nice. J'ai suivi tous les modules de cette formation consciencieusement, sans avoir une seule absence, et cela dans mon style stakhanoviste, héritage de la discipline de travail acquise à l'Est, en Roumanie. J'ai eu aussi la chance d'être dans une bonne école, ce qui a rendu mon travail agréable, non seulement utile: j'ai surtout revécu pendant une année, dans un milieu familier, l'enseignement, à côté d'une équipe de cinq enseignants enthousiastes, de vrais collègues, ce qui a été moralement réconfortant, après si longtemps. Je me demande également s'il serait possible de bénéficier de ce nouveau type de contrat tout en restant chez le même employeur, mais sur un poste différent, par exemple. Mon statut de résidente ne m'autorise pas l'accès aux positions dans la fonction publique (je me réfère aux emplois liés à la documentation et l'information, ce qui est plutôt mon profil). Je ne peux donc que me rapprocher du milieu associatif, tel que mon actuel employeur. Dans l'espoir que ces précisions vous seront utiles dans l'examen de mon dossier, et en vous rappelant, par ailleurs que je suis censée renouveler mon sempiternel Contrat d'insertion auprès du Conseil Général des Alpes-Maritimes avant la fin de ce mois-ci, je vous prie d'agréer, Madame, l'__expression de mes salutations distinguées. Carmen Serghie Lopez

22/03/2005

Lettre au Président de la CE

lettre envoyée en e-mail

A Monsieur José Manuel Barroso
Président de la Commission Européenne
Bruxelles

Monsieur le Président,

Je viens de retrouver dans mes fichiers un document informatif et j'ai pensé vous le faire parvenir.
Ceci, afin de vous prouver encore, si besoin est, ne fût-ce que par ce témoignage minuscule, le degré d'écart entre ce qui apparaît comme stratégie progressiste de l'Europe et la transposition concrète, dans la réalité.

On découvre avec étonnement aujourd'hui que la pédagogie européenne est défaillante, et on réalise que tout le processus de la construction européenne auquel des ressortissants de l'Est comme moi, par exemple, se sont attachés avec espoir et confiance, risque d'être compromis et, qui plus est ridiculisé, puisque impuissant, malgré toute une eurocratie bien huilée (des milliers de fonctionnaires) travaillant dans des centaines d'organismes, de centres et de fondations - un labyrinthe dont on ne trouve pas l'issue, lorsqu'on s'en approche.

Vous avez bien compris, je suis en train de vous rappeler ce petit projet dans la formation entre la Roumanie et la France, pour la concrétisation duquel j'ai frappé aux portes de vos Directions (Technologies de l'Information, Elargissement, etc) depuis 2000. J'imagine que même si Monsieur Prodi n'est plus en fonction, ou le Commissaire Verheugen, leurs Secrétariats n'ont pas complètement changé, et que l'on peut toujours retrouver la trace des messages et des dossiers réceptionnés.

Bien évidemment, je n'ai pas manqué de solliciter l'appui de la fondation européenne qui figure plus loin, j'ai contacté également le Cedefop (puisque le projet est susceptible, en principe, d'intéresser la France).
Les mêmes réponses creuses, formelles, émanant d'institutionnels dont le rôle n'est pas de s'engager à prendre une décision et le pari de suivre la mise en forme d'un projet, mais d'élaborer soigneusement une rhétorique de système et de s'y tenir.

Je vous prie de lire avec attention les objectifs de cette fondation européenne de formation: c'est exactement ce que poursuit mon petit projet dans la formation au bénéfice des cadres roumains. Et pourtant, jamais aucun décideur ne s'est donné la peine de regarder de plus près un projet pour lequel on s'est empressé de me féliciter (son opportunité, etc), dans la même rhétorique de bois.

Aujourd'hui, la perspective du rejet du Traité constitutionnel a au moins le mérite de rendre la Commission plus sensible à la réalité, c'est-à-dire, à la distance qui sépare ses Eurocrates (ce n'est pas péjoratif, c'est simplement étymologique) des problèmes concrets.
Sincèrement, je suis plutôt satisfaite que vous puissiez constater à quel point la pédagogie européenne est aussi ou surtout une question de politique interne, propre à chaque Etat membre.
A mon modeste niveau individuel, en m'engageant avec ma petite structure roumaine dans un projet lié à l'élargissement, j'ai compris, même si je ne voulais pas l'accepter, qu'en France ce projet ne trouverait jamais de soutien -et cela depuis les niveaux locaux ( plates-formes d'initiative locale, Mairie, Conseil Général), jusqu'au niveau national (Ministère pour les Affaires Européennes, etc).
Certes, le projet n'a jamais été rejeté, il n'y avait aucune raison de principe, et puis, cela n'aurait pas été politiquement correct. Bien au contraire, dans cet élégant style français (qui fait défaut aux institutionnels roumains, je le reconnais), on m'a suggéré un autre organisme, une autre piste, toujours une autre, pendant des mois, des années -une multitude de poupées russes.
A un moment donné, quelque part, un agent administratif m'a demandé avec une hostilité évidente: "Et vous poursuivez toujours votre projet européen?" En clair: "Nous n'avons pas encore réussi à vous faire abandonner l'idée?"

Je vous invite à lire quelques uns des commentaires faits à des notes sur mon weblog elargissement-ro. Je les ai laissés justement parce qu'ils montrent bien un état d'esprit réel et aussi la perception de l'Europe et de ses élargissements.
Une ligne politique soutenue pour des raisons d'Etat, c'est une chose, ses modalités de se propager, c'en est une autre.

Avec l'_expression de ma considération,

Carmen Serghie Lopez
(...)



Fondation européenne pour la formation


Missions :

La Fondation européenne pour la formation est une Agence de l’Union européenne établie à Turin en 1995 pour promouvoir une coopération efficace dans le domaine de l’enseignement et de la formation professionnels entre les pays de l’Union européenne et les pays issus de l’éclatement de l’Union soviétique. Cette mission a été étendue aux pays tiers méditerranéens.


Il s’agit de :

- soutenir le développement des systèmes d’enseignement et de formation professionnel dans les pays partenaires d’Europe centrale et orientale et dans les nouveaux Etats indépendants ;

- contribuer à la coordination et à l’évaluation de l’assistance fournie par l’Union européenne, ses Etats membres et les pays partenaires ;


La Fondation est à la fois un centre d’expertise, d’analyse et de conseils et un centre de gestion de programme qui développe des projets, participe à leur évaluation et dissémine les résultats.

Parmi les pays partenaires, les pays candidats à l’adhésion.


Activités :

- Assistance aux pays partenaires dans leur effort pour « créer un main d’œuvre qualifiée et compétitive, laquelle représente la stratégie la plus efficace dans la lutte contre le chômage et l’exclusion sociale » : définition des besoins en compétences et en formation, des priorités en matière de systèmes d’enseignement et de formation professionnelle.

- Diffusion d’information et promotion des échanges d’expériences (publications, réunions, séminaires)

- Assistance technique à la Commission européenne pour ce qui concerne la préparation et l’organisation des procédures de sélection et de contrôle

- Réseau d’observatoires nationaux des systèmes d’enseignement et de formation dans les PECO et les pays de l’ex-URSS : impulsé par la Fondation, il fournit à l’Union européenne, à ses Etats membres et aux pays partenaires ainsi qu’à toutes les parties intéressées, des informations sur des activités réalisées, les initiatives en cours et sur les besoins dans le domaine de l’enseignement et de la formation professionnels.


Fonctionnement :

La Fondation est un organisme indépendant sans but lucratif.

Son Conseil de direction est composé de représentants de chacun des Etats membres et de deux représentants de la Commission européenne. Il arrête le programme de travail et le budget annuel et adopte le rapport annuel.

La Fondation travaille étroitement avec le CEDEFOP, le Centre pour le développement de la formation professionnelle.


Adresses utiles :

Fondation européenne pour la formation

Villa Gualino, Viale Settimio Severo 65-I-

10133 Torino – Italie

Tél.: 00.39.11.630.22.22 – Fax : 00.39.11.630.22.00

info@etf.eu.int - http://www.etf.eu.int

Le CEDEFOP, actuellement, participe, aux côtés des Etats membres et de l’Union européenne, à la valorisation et à la promotion de la formation professionnelle des jeunes et de la formation continue des adultes en Europe.


Adresse utiles :

CEDEFOP – BP 22427 – Thessaloniki – Gr – 55102 Thessaloniki

Tél. : 00.30.31.49.01.11 – Fax : 00.30.31.49.01.02 – Norbert Wollschläger

info@cedefop.eu.int - http://www.cedefop.eu.int et http://www.trainingvillage.gr


Centre INFO, Centre pour le développement de l’information sur la formation permanente (correspondant pour la France) – 4 Avenue du Stade de France – F – 93218 Saint Denis la Plaine cedex

Tél. : 01.55.93.92.14 – Fax : 01.55.93.17.28 – Henriette Perker

h.perker@centre-info.fr - http://www.centre-info.fr




Carmen Lopez
Managing Director SC TORR SRL J17/673/93 Galati Romania


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24/01/2005

Lettres d'un exilé pour un autre (II)

Cher G.,

Je vais essayer d'écrire avec plus d'attention et éviter ainsi d'éventuelles fautes de frappe, dûes au rythme affectif que prend l'évocation de ma galère. Tu comprends que je ne m'attarde pas sur l'impact qu'ont eu sur moi certains aspects, je sais que l'expérience de l'exil est pour quiconque difficile. Ce qui fait la particularité de la mienne est que je n'ai pas choisi délibérément de quitter la Roumanie pour aller vivre ailleurs. Je me suis simplement retrouvée face à des enchaînements auxquels il fallait réagir d'une manière ou d'une autre, et même si le choix m'a appartenu, il s'est aussi fortement imposé.

Comme je te disais, à partir de '94, ma dernière année de Doctorat à Nice, le Rectorat de Galati a refusé de m'accorder la moitié de mon salaire. Le nouveau conseil juridique, I.D., un ex-cadre de la Securitate, jusque-là en poste sur la Plate-forme du Combinat Sidérurigique et maintenant versé au Rectorat, une nullité profesionnelle, s'est acharné sur mon cas, qui déjà n'était pas courant. J'ai saisi le Tribunal, il y a a eu des procès et des appels, j'y ai été représentée par mon père. Mais c'est en Juillet '95, à mon retour en Roumanie, que je me suis confrontée directement avec les menaces de ce crétin qui m'a traitée (textuellement) d'"ennemie de notre Etat", en m'assurant que je rembourserai tout ce que j'avais perçu.
Si au début je croyais qu'il s'agisait d'une lecture de travers du texte de Loi ou de bureaucratie, je me suis rendue compte après qu'il y avait bien autre chose, et j'ai paniqué. Je n'avais donc, rien à faire là-bas dans ces conditions et je suis retournée en France. Comme je venais de recevoir une réponse pour la candidature que j'avais envoyée au BIT (on me demandait un complément d'information), je me suis accrochée à ce fil. Mon titre de séjour était encore valide pour quelques mois. J'ai fait un aller-retour Nice-Genève pratiquement pour rien. C'était purement administratif, ils entraient les données dans un starter, les postes étaient "bloqués jusqu'à nouvelles dispositions".
Je devais trouver une solution. Je me suis inscrite en DESS de l'Administration de l'Entreprise, à Nice, sans avoir un sou pour continuer. A mon départ, mon père m'avait donné 1500 francs pour tenir un peu. Il m'a fallu argumenter à la Préfecture des Alpes-Maritimes mon nouveau statut d'étudiante, car le Doctorat étant le diplôme le plus haut, ils ne voulaient pas m'accorder un titre de séjour pour préparer un DESS. J'ai fait remarquer qu'il s'agissait là de deux domaines de spécialisation différents, et que me former dans la gestion de l'entreprise correspondait à mes projets (j'avais une société en Roumanie, etc). Ils ont accepté, en grinçant des dents. Je me souviens bien: "Quand est-ce-que vous quittez le territoire, Madame? "Eh bien, quand j'aurai fini mes études", mais je tremblais toute, car je savais qu'il fallait trouver une autre issue. Travailler dans une organisation internationale pour la Roumanie était ce qui me convenait le mieux, mais ce n'était qu'une touchante naïveté, j'avais un passeport roumain et non pas européen et je n'étais personne.
Il n'était pas inintéressant, ce DESS, les cours qui avaient plus ou moins trait aux sciences humaines me plaisaient bien, mais l'analyse financière et la comptabilité dépassaient mon entendement, ce qui fait qu'après six mois de fréquentation assidue, je ne suis pourtant pas arrivée aux oraux. Mais on me l'a toujours reconnu comme stage de formation.

A l'hôtel où j'habitais auparavant, je connaissais un Franco-Espagnol, qui louait une chambre à l'année. D'ailleurs, l'hôtel fonctionnait comme une sorte de pension, avec des clients qui étaient là pour une période plus longue, et ces habitués avaient fini par nouer des liens amicaux. Le propriétaire, un Italien qui avait fait la Résistance, nous invitait pour partager un plat de pâtes ou de polenta. Mon fils et son père avaient eu l'occasion de rencontrer ce petit monde pendant l'été '94, y compris l'Espagnol en question, mon mari avait bu avec lui un J&B.
Donc, Lopez m'a proposé de l'épouser. Je mettais ainsi un terme à mon angoisse et lui, il faisait une bonne action "pour l'humanité" et se rachetait aussi une conduite après une vie flambée (genre bon vivant, un certain humour, 18 ans de plus que moi). Mon intuition n'était pas en sommeil, mais de toute façon, je me trouvais entre deux feux. Et comme j'hésitais toujours, il a été franc: "Autrement, tu tombes à l'eau". Je me suis souvenue que je ne savais pas nager, et que "La Belle et la Bête" finissait bien, quand même (je lui ai offert le livre..).
Je me suis occupée de toutes les formalités au Consulat de Marseille, j'ai fixé la date à la Mairie de Nice, j'ai eu le trac le jour du mariage...Ensuite, je me suis rendue en Roumanie pour changer mes papiers d'identité avec le nouveau nom (carte, passeport, signature en banque pour ma société) et pour annoncer la nouvelle à mes parents (ils ont failli avoir une attaque), et à mon ex-mari (il a ouvert une bouteille de vin: "A votre santé, Madame Lopez!").
Je venais d'entrer dans une autre légalité, je ne tremblais plus tous les trois mois à la Préfecture, mais je tremblais pour d'autres choses. Mon remariage n'a jamais été blanc, du gris, il a viré résolument au noir. Telle Alice, je passais de l'autre côté du miroir, mais dans un cauchemar éveillé. Normalement, je devais craquer, Lopez est apparu dans toute sa splendeur. Eh bien non, je me suis découvert des ressources de dureté qui m'ont permis de faire face à des situations inédites, pour moi. Mais la pression était invivable, deux ou trois fois j'ai dû rétablir l'ordre par la force (serrurier, police, samu). Il était pourtant clair qu'il fallait réussir une séparation si je tenais à rester intacte et à faire aussi quelque chose. Finalement, c'est par le Tribunal des Affaires Familiales que tout s'est calmé (quand il a reçu la citation, il est resté sans voix, tout ce qui était administratif lui faisait peur). Il y a eu une séparation de résidence d'un commun accord, sans le divorce, car vraiment cela n'aurait rimé à rien.
Je suis entrée dans un circuit spécifique, et comme j'allais le découvrir très vite, complètement sans issue: femme seule et résidente étrangère. Il n'y a pas pire pour vous tuer "à petit feu", comme m'avait prédit Lopez. Des possibilités infimes pour avoir un emploi convenable, uniquement de petits contrats, comme des gares, dans des associations. Parfois, la serpillière n'était pas exclue (lire "petits travaux secrétariat chez personne âgée",- ce sont les nouveaux codes des offres), mais je ne veux pas paraître ingrate (ce qui est impardonnable en France, il faut toujours savoir dire merci), j'ai donc, travaillé aussi avec des livres... (par exemple maintenant, dans une bibliothèque d'école). J'avais droit à la double nationalité (avant de me séparer, je suppose) simplement, d'un point de vue psychologique il m'a été impossible de me décider pour cette démarche.
En Roumanie, j'ai eu du mal à faire accepter ma démission, le Ministère de l'Education chargeait le Rectorat et viceversa. En fin de compte, j'ai réussi à saisir l'enjeu de la trame: l'intérêt était que je sois absente (même s'il fallait m'exaspérer, me dégoûter, me menacer), et que mon poste de titulaire reste disponible pour des remplacements temporaires (et préférentiels). Or, si je donnais ma démission, on le sortait au concours. C'est pourquoi, rien ne se débloquait et tout tournait en rond. Mon père n'en pouvait plus, moi, je me demandais s'il serait toujours possible de trouver quelque part une justice normale dans ce pays. C'est tout petit un pays, quand on a fait le tour de ses institutions. Heureusement qu'il existe les instances internationales. J'ai fait une lettre résumant toute la bataille juridique, ce que j'en pensais et ce que je comptais faire, je l'ai portée au Service des Renseignements de Galati et j'ai demandé une enquête officielle. J'étais déjà résidente en France et je crois que cela leur a inspiré un peu de respect et qu'ils ont fait un effort de justice. Trois semaines après, je gagnais le procès en dernier appel et je recevais mon Livret de travail, que l'on avait refusé de me délivrer. Et c'est ainsi qu'a pris fin ma carrière dans l'enseignement, on m'a volé trois années d'ancienneté, il me reste en tout 18. Je n'ai plus retourné la tête.
J'ai transformé ma société avec Claudiu comme associé, et j'ai rajouté à l'objet d'activité "formation professionnelle" (je t'ai dit qu'en Roumanie les sociétés ont, en général un objet d'activité multiple, c'est-à-dire qu'elles font tout, sauf la drogue...). J'ai commencé à explorer des possibilités pour démarrer en entrant dans un programme européen. Pratiquement, la société est tout ce que j'ai, comme point d'appui (seulement, je ne veux rien faire bouger d'autre que quelques administrations...). Entre temps, j'ai fait venir Claudiu pour des études en Management dans un programme universitaire franco-américain. On s'est endettés tous les deux, mais au moins il a un diplôme international. Le tout dans des conditions de solitude, de recherches de financement pour le projet, de combat au quotidien pour survivre et payer les frais des études. Pour nous, le coût a été énorme, surtout en Amérique. Mon père nous a aidés, aussi. Il nous a quittés, brusquement, le 30 Janvier 2002. Peut-être que la vraie raison de cet exutoire, c'est bien lui.
Je t'avoue que ce qui me fait tenir est le désir de voir Claudiu en Europe, travailler pour sa propre société et la transformer en quelque chose d'international. Mais pour le moment, je m'efforce d'accepter son prochain nouveau départ au-delà de l'Atlantique. Je regarde la carte du monde qui est étalée sur tout un mur, dans ma chambre, et je me surprends prier qu'il ne décide pas de s'installer sur la Côte Ouest, mais sur la Côte Est, c'est plus près...
Qu'il ne puisse rien faire de valable dans son pays, qu'il se voit obligé de repartir, tout comme moi, je n'ai rien pu faire dans mon pays de ce que je souhaitais à mon retour de France, cela me semble plus qu'injuste. C'est pourquoi, je dirai toujours que la Roumanie a un destin que nous portons avec nous, comme un stigmate, telles des bêtes marquées au fer rouge.

Il y a plus de deux millénaires, nos terres du bord de la Mer Noire, appelées Pontus Euxinus (l'ancienne Tomis, à quelques deux cents km de Galati...) ont accueilli un exilé célèbre, que la Cour de Rome avait éloigné, Ovide. Son bijoux, "Remèdes à l'amour" enseigne exactement l'inverse de l'art d'aimer. Le désaimer (ou le désamour) a lui, aussi des degrés, mais le but est identique: c'est retrouver sa vérité et sa liberté intérieure.
Aujourd'hui, je dirais qu'à quelque chose exil est bon. Tu ne crois pas?

Je te remercie pour ta patience, je suis épuisée, moi aussi...
All the best,
Carmen

21/01/2005

Lettres d'un exilé pour un autre (I)

Les lettres sont traduites du roumain. Elles sont, comme d'habitude, envoyées par e-mail aussi.

Cher G.,
Je n'utilise pas l'adresse de mon pseudonyme, mais l'autre, car le sujet dépasse le domaine strictement personnel. Je dispose d'environ trente minutes, je vais essayer de concentrer des années en quelques phrases, de doser l'information et la pudeur, de sorte que tu comprennes quelque chose sans être trop choqué.
J'enseignais le français dans un Lycée à Galati, en tant que professeur titulaire. J'avais obtenu en '88 le Grade premier, avec une Thèse sur Le Discours narratif dans le roman policier, un sujet audacieux et nouveau, à l'époque. Après Tchernobyle '86, mon fils alors âgé de quatre ans a commencé à développer une sorte de mycose aux ongles qui, après quelques années s'est étendue à d'autres endroits du corps, en devenant vraiment importante. Les spécialistes lui prescrivaient des pommades, mais tu sais que l'on manquait de tout, dans les hôpitaux il n'y avait même pas d'alcool pour désinfecter...Nous avions tout essayé, je ne voulais pas accepter qu'à cette fin de siècle, il n'existait pas un remède.
1989 est arrivé et aussi le printemps '90, avec toutes les confusions que tu n'as pas vécues en live, mais moi, si... A l'approche des Pâques, j'ai adressé sept lettres à sept universités en France, après les avoir choisies sur la carte, dans un numéro de la revue Le français dans le monde, un périodique de méthodologie de langue française. Je conservais cet abonnement envoyé par l'Institut français de Bucarest, malgré son prix toujours en augmentation (je renonçais au vrai café acheté sur le marché noir, pour des mélanges douteux de soja), et malgré les petites misères de la part des "camarades lieutenants" de la Securitate, en charge de notre lycée (mon abonnement signifiait "relations avec l'étranger" et je me souviens bien qu'un jour, énervée par ces tracasseries idiotes, je suis allée les voir pour leur montrer un exemplaire, en leur expliquant que si j'avais enseigné la géographie, je me serais procuré un atlas, mais puisque j'enseignais le français...). Dans ma lettre (de motivation, comme on dit en France), je souhaitais participer à l'une des sessions organisées par les Universités Internationales d'Eté. Elles m'ont presque toutes répondu, mais il fallait payer en francs, je n'avais même pas de lei.
Par bonheur (enfin, je ne sais plus...), c'est l'Université d'Eté de Nice qui m'a simplement envoyé un télégramme, m'annonçant que j'allais recevoir une invitation gratuite pour un mois. Ils avaient quelques bourses pourvues pour l'Est et ma lettre, qui parlait de mon désir de voir le pays dont j'enseignais la langue et la littérature les avait touchés.
C'est ainsi que je suis arrivée en France en Août '90, en passant pour la première fois une frontière à l'Ouest, après un voyage en train à travers l'Europe, pendant deux jours et deux nuits, imagine l'aventure...J'ai eu le choc de ma vie à Stuttgart, lorsque je suis descendue du train, je n'avais jamais vu de magasins alimentaires si pleins, j'ai acheté une banane que j'ai mangée en pleurant... Je dépassais le niveau des cours pour étrangers, j'étais enseignante quand même, mais ce mois-là a été fantastique. Je suis devenue amie avec une collègue qui donnait un cours de psychanalyse littéraire, et qui s'étonnait que le sujet ne me fût pas étranger (je venais de Roumanie et j'avais lu Freud!). De retour à Galati, j'ai écrit un texte, Nice, mon amour..., une sorte d'évocation en parallèle de mon quotidien retrouvé et des moments passés sur la Côte, et je le lui ai envoyé. Elle en a parlé au Directeur et l'Université d'Eté a renouvelé son invitation pour Août '91, dans les mêmes conditions d'hébergement en résidence universitaire. Je pouvais aussi choisir les cours que je voulais. J'ai décidé alors de rester après la session et de tenter quelque chose quant à un éventuel traitement pour Claudiu. Je n'avais pas la moindre idée comment, et j'ignorais complètement que je serais amenée, à partir de ce moment-là, à traverser des tunnels, à payer des douanes, à sacrifier certaines choses.
Je passe sur les efforts pour obtenir des prolongations de mon séjour, j'étais entrée comme touriste. Avec une ordonnance délivrée par la Clinique de Bucarest suite à la biopsie, j'ai réussi à constituer un dossier médical, à fixer deux rendez-vous chez deux spécialistes, à Nice et à Cannes, et à faire venir Claudiu en Juin '92. J'ai travaillé pendant quelques mois dans un village, chez la veuve âgée d'un entrepreneur, comme dame de compagnie (la patience, qui était le fort de notre éducation m'a beaucoup servi, car j'ai beaucoup regardé la télé avec elle...), et j'ai pu réunir la somme pour le billet d'avion. J'ai aussi rajouté une autre fin et un point d'interrogation à mon petit texte, qui est devenu ainsi Nice, mon amour...?. La voici:

"Nice, Août 1991. La même fenêtre qui s'ouvre sur un bleu éblouissant, la même ville que je découvrais hier fascinée, les mêmes gens que j'ai croisés, par hasard, dès mon arrivée. Mais on ne retrouve jamais les mêmes eaux du même fleuve. Sentiments et images sont passées sur le papier. Heureusement pour moi, car aujourd'hui je suis condamnée à découvrir que le décor est en carton ou que la peinture peut couler...
Nice, Septembre 1991. Je vis dans un espace mort, j'ai remplacé les feuilles vivantes des livres par les feuilles mortes que je ratisse chaque matin, dans le jardin d'une vieille dame. Des feuilles mortes comme mes cheveux qui n'ont plus de vigueur, comme mes espérances trop violentes et insensées de l'année passée. Il suffit de penser à Claudiu, de revoir ses plaies, son petit corps, ses yeux clairs où je me reflète, centre du monde, que je serre les dents et ravale mes larmes. Pour lui, j'ai répété ma chance et j'ai choisi un exil de quelques mois, en m'obstinant à me convaincre que le dernier mot de la médecine me laisse encore d'espoir. Pour son arrivée, que je prépare durement de mes mains, je dois résister, même si mon coeur et mon cerveau éclatent en mille morceaux que je recolle, de sorte qu'ils refassent un coeur qui endure et un cerveau qui raisonne.
Je relis mon texte. Entre l'ironie tendre d'un titre pastiché et le regard avide de l'étranger qui ré-écrit, à sa façon une "lettre persane", j'ai été vraie. Par amour et par pudeur, j'ai emprunté le biais du français, mais maintenant, l'émerveillement de la première rencontre dilué, je sais qu'il n'y a que dans la langue-mère que se réfugie la souffrance d'une mère. Et le roumain a la vocation de l'exprimer. Je n'ai pas le don de la fiction, et si jamais j'écrivais un autre texte, ce serait pour détromper les naïfs qui croient qu'ailleurs, dans une terre promise, se trouvent à l'état pur des valeurs qu'ils n'ont pu connaître.
Ce second séjour en France me fait rajouter un point d'interrogation et me demander si je ne viens pas de troquer un enfer pour un autre. Pourtant, grâce à ces Français qui m'ont tendu la main, je n'oublierai pas que "s'il est une chose qu'on puisse désirer toujours et obtenir quelquefois, c'est la tendresse humaine".


Le spécialiste du Centre Lacassagne de Nice nous a proposé ce qu'il estimait être le dernier remède, un médicament qui devait être pris en doses progressives, alternées avec des examens pour tester la tolérance et l'évolution, tout cela pendant un an. Son confrère de Cannes a fait répéter la biopsie et a prescrit une pommade et un médicament pour ceux qui travaillent dans les rizières. Je me trouvais seule devant deux traitements complètement opposés et je ne savais pas quoi faire. J'ai réfléchi deux jours avant de décider quel traitement choisir, j'ai analysé les prospectus, chaque terme, chaque formule, comme si je m'appliquais sur l'interprétation d'une page de littérature. Mon intuition de mère a dû faire le reste, en décidant pour le premier. Le médicament coûtait 100 dollars par mois, avec mon mari, professeur de sport dans un lycée, nous touchions l'équivalent de 60 dollars par mois.

Je me suis inscrite en Doctorat, et comme ma Thèse de Grade premier passée en Roumanie m'a valu en France l'équivalence en DEA de Sémiotique, j'ai eu dès le début le statut de Doctorante. J'ai travaillé entre '92 et '95 comme monitrice à la bibliothèque de la Faculté. J'ai habité dans une petite chambre d'hôtel, où j'ai d'ailleurs tapé les 450 pages sur le McIntosh que m'avait prêté l'une des familles chez qui je donnais parfois des cours de rattrapage. C'est ainsi qu'a commencé mon apprentissage en informatique, mais je suis toujours restée une brave autodidacte.
Un hasard m'a fait rencontrer un Arménien, qui s'occupait de voyages humanitaires pour l'Arménie. Il m'a proposé le médicament pour une année entière et trois pièces de 20 dollars en or à 24 carats. J'ai envoyé en Roumanie deux de ces monnaies, collées dans les poches d'un blouson (bien sûr que c'était risqué!). J'ai demandé à mon père, qui était conseil juridique à la retraite (il montait des statuts pour des sociétés que les illétrés de Galati, reconvertis en hommes d'affaires après deux ou trois voyages en Turquie, s'empressaient de monter) de créer une société à mon nom, ayant un objet d'activité multiple. J'avais l'intention de réaliser une unité d'édition, quelque chose de ce genre. Cela se passait en Mars '93. J'ai divorcé la même année. La maladie de Claudiu a été définitivement enrayée au bout d'un an de traitement strictement observé. Nos destins venaient d'être marqués sur sa peau.

Pendant l'été '94 je n'ai pu retourner en Roumanie, j'ai continué le travail sur ma Thèse. C'est Claudiu et son père qui sont venus à Nice, pour trois semaines, ils bénéficiaient d'un nombre de voyages gratuits en train et donc, d'un aller-retour international. Mon amie, qui passait ses vacances à Paris nous avait laissé son appartement, pour le reste on s'est débrouillés, on avait l'habitude de faire avec si peu de choses...
J'ai eu ma soutenance en Juin '95, avec un bon résultat, mention Très Honorable à la Majorité. Le sujet m'appartenait (La Rhétorique de la Passion dans le roman médiéval), c'est moi qui l'avais proposé et mon coordinateur était lui aussi curieux de voir ce que cela pourrait donner. La soutenance m'est restée comme un beau moment, comme celle du Grade Ier en Roumanie (quatre heures pour défendre cet autre enfant, heureusement je m'étais refusé d'assister chez d'autres collègues...). J'ai préparé quelque chose pour le pot, et l'Université (le vice-président, celui qui m'avait accordé la bourse de monitrice, sans laquelle mon Doctorat n'aurait pas été possible, et mon directeur) a offert le champagne. Ce jour-là a été le dernier jour de ma vie d'intellectuelle.

Après, normalement je devais retourner en Roumanie. Avec un Doctorat français, même si je n'avais pas le tapis rouge, au moins un poste à l'Université locale. Il aurait été illogique de reprendre mon emploi au Lycée et je n'en avais aucunement l'intention. Pendant mon absence, on me remplaçait et je recevais la moitié de mon salaire pour mon fils, c'est la Loi et je m'étais battue avec le Rectorat pour qu'ils la fassent appliquer correctement. Ils disaient qu'ils ne m'avaient pas envoyée pour préparer un Doctorat à l'étranger, et que pour eux, j'étais très bien comme j'étais...Bien entendu, chaque année je renouvelais mon visa pour la France sur la base d'une attestation délivrée par le Ministère roumain de l'Education, le Secrétaire d'Etat à l'époque m'avait félicitée d'être arrivée à parachever mes études par mes propres moyens.
Mais la mafia locale était, elle aussi tenace.
Donc, fine del primo tempo...Si tu as résisté, je continue lundi le secondo tempo. Tu m'as assurée que tu aimais lire...
Comme on dit en roumain maintenant,
All the best,
Carmen

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