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26/05/2020

Anniversaire (30)

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(Mes photos -Un coquelicot qui persévère dans son être)

 

Sur cette photo, j’avais 37 ans, quelques mois après la chute du Mur. Je l’avais faite pour la joindre à mes dossiers adressés à diverses ambassades (y compris l’Afrique du Sud, je me souviens parfaitement…), afin de quitter le pays. Finalement, les choses se sont agencées autrement, mais trente ans, c’est beaucoup dans une vie personnelle, et aussi dans la vie d’un pays.

En ce qui me concerne, j’ai eu suffisamment de courage pour traverser le feu (tout en ignorant, bien sûr, de quoi allait être faite la prochaine étape), et à présent, une bonne intuition m’a fait cesser l’activité libérale avant la pandémie, en décembre dernier, prendre ma retraite à taux plein et éviter ainsi de payer le montant aberrant de la cotisation demandée par la CIPAV pour 2020. Je gère donc sagement mes deux pensions roumaine et française, et pour la première fois, depuis trente ans, je ressens une forme de paix. Je vis à Nice, avec un titre de séjour permanent, et pour ce qui est des projets pour les années à venir, j’avoue que mon imagination s’arrête. Il est hors de question pour moi de retourner en Roumanie (même pas morte!), et les Etats-Unis, où vit mon fils avec sa petite famille, m’angoissent autrement, je n’y résiste que pendant quelques semaines de vacances.

En ce qui concerne la Roumanie, chaque année et chaque jour m’ont confirmé, trente années durant, que j’avais pris la bonne décision de la quitter, ce qui aujourd'hui m’apparaît encore plus clair, car j’ai le recul nécessaire. Néanmoins, pendant trente ans, un sentiment trompeur m’a accompagnée : l’espoir. Il n’y a pas de plus grand piège que l’espoir, il faut toujours privilégier le principe de réalité et la raison (la Raison selon Spinoza).

La Roumanie fait partie de ces pays qui sont destinés à stagner, en tant que société, en dépit des contextes ou des changements historiques. Même si, au fil de ces trente dernières années, je m’étais posé des questions, en essayant de comprendre la vraie nature de mon pays, les vraies causes de son état, j’ai tâtonné avant la lecture d’un court essai, sur lequel je suis tombée le 18 mai dernier. Je lui consacre la prochaine note de CEFRO planifiée pour le 1er juin (on pourra donc lire sur cefro.pro une présentation avec, en document joint, des extraits et deux schémas que j’ai reproduits à l'aide de Paint).

Le petit livre en question, c’est Les lois fondamentales de la stupidité humaine, de Carlo. M. Cipolla, paru en 1976 en anglais, traduit en italien en 1988, et paru en français aux Presses Universitaires de France en 2012. Je ne vais pas en dire trop ici, mais juste deux-trois conclusions après cette lecture.

L’auteur, historien de l’économie, professeur à l'Université de Berkeley et à l'Ecole normale supérieure de Pise, fait une analyse de la stupidité qui se manifeste tant au niveau de l’individu que de la société, et la résume en cinq lois fondamentales. L’humanité se divise en quatre grandes catégories : les crétins, les gens intelligents, les bandits et les être stupides. On trouve le même pourcentage d’individus stupides dans les groupes humains les plus nombreux comme dans les plus restreints, ce qui est une preuve de la puissance de la Nature (l’auteur s’oppose à l’idée reçue de l’égalitarisme en vogue dans la culture occidentale, sa conviction est que les hommes ne sont pas égaux, que les uns sont stupides et les autres non, et que la différence dépend de la Nature et non de facteurs culturels).

a) Si Pierre accomplit une action et subit une perte, tout en entraînant un gain pour Jean, Pierre a agi comme un crétin. b) Si Pierre accomplit une action qui lui apporte un gain tout en apportant un aussi à Jean, Pierre a agi de façon intelligente. c) Si Pierre accomplit une action qui lui permet un gain tout en causant une perte pour Jean, il a agi en bandit. d) Si Pierre accomplit une action qui entraîne une perte pour un autre ou pour un groupe d’individus, tout en n’en tirant lui-même aucun bénéfice et en s’infligeant éventuellement des pertes, il est stupide. L’auteur explique comment le pouvoir social, politique et institutionnel renforce le potentiel dévastateur d’un individu stupide, d’où la formidable puissance de la stupidité. Le résultat de l’action d’un parfait bandit (il existe des bandits à tendance intelligente, et des bandits à tendance stupide) est purement et simplement un transfert de fortune et/ou de bien-être. Après l’action d’un parfait bandit, celui-ci dispose sur son compte d’un plus qui équivaut au moins causé à autrui. La société dans son ensemble ne s’en porte ni mieux ni plus mal. Si tous les membres d’une société étaient de parfaits bandits, la société stagnerait mais on n’y constaterait aucun désastre majeur. Quand les gens stupides sont à l’œuvre, c’est une autre histoire. Les gens stupides causent des pertes aux autres, sans gain personnel en contrepartie. La société dans son ensemble en est donc appauvrie.

Dans toute l’histoire de l’humanité, depuis l’Antiquité aux temps modernes ou à l’époque contemporaine, on est frappé de constater que tout pays sur la pente ascendante a son inévitable fraction O d’individus stupides. Mais les pays en plein essor comptent aussi un très fort pourcentage de gens intelligents qui réussissent à tenir en respect la fraction O et en même temps à garantir le progrès en produisant assez de gains pour eux-mêmes et pour les autres membres de la communauté. Dans un pays sur la pente descendante, la fraction d’êtres stupides reste égale à O ; cependant, dans le reste de la population, on remarque parmi ceux qui détiennent le pouvoir une prolifération inquiétante de bandits à tendance stupide (…) et, parmi ceux qui ne sont pas au pouvoir, une augmentation tout aussi inquiétante du nombre de crétins. Ce changement dans la composition de la population non stupide renforce inévitablement la puissance destructrice de la fraction O, et le déclin devient inéluctable. Et c’est le chienlit.

En conclusion, si j’applique cette grille de lecture à la Roumanie, dont je connais l’histoire, quand même, il me semble que pendant ces derniers trente ans, c’est le pourcentage d’êtres stupides et de bandits qui est supérieur à celui de gens intelligents ou à celui de crétins. Les actions des êtres stupides sont imprévisibles, erratiques, elles causent des pertes aux autres gratuitement, mais les stupides peuvent en souffrir eux aussi. Quant aux bandits, je crois que le pays enregistre un pourcentage accablant (les bandits à tendance intelligente accomplissent des actions qui leur apportent un profit supérieur aux pertes causées à autrui ; les bandits à tendance stupide accomplissent des actions qui leur procurent des gains inférieurs aux pertes causées à autrui : par exemple, on vous tue pour vous dérober une montre). Mais comme c’est la Nature qui règle cela, et non la culture, il faut en déduire qu’il existe un gène qui se transmet.

P-S. Il est évident que le seul gain historique pour la Roumanie a été l’intégration des structures euro-atlantiques, heureusement. Je le pense maintenant, comme je le pensais en 2005, après  Maastricht, où la France a voté Non. Mais je vis en France, où le discours souverainiste a un certain poids, à l’extrême droite comme à l’extrême gauche. J’ai vu l’autre jour l’interview d’un philosophe très populaire (je le préfère plutôt quand il parle philosophie ou littérature) rappelant qu’il est souverainiste, etc. Et comme il expliquait qu’il avait voté Non au Traité de Maastricht, je suis allée chercher dans les Archives de ce blog une note de 2005. En général, j’évite les Archives pour la simple raison que ce blog est un témoignage qui a sur moi un certain impact émotionnel, comme dit la formule consacrée. Mais, parfois, il m'aide à me rendre compte de mon évolution. Par exemple, dans cette note (Le NON-emballage), je me trouve assez enthousiaste, et surtout patiente et polie pour répondre à un long commentaire dont l’auteur semble avoir confondu mon modeste blog avec une tribune idéologique… Eh bien, maintenant, je ne pourrais plus le faire, au mieux, je dirais un simple merci et je ne répondrais pas. Toute mon activité de conseil en gestion émotionnelle me sert finalement. 

26/04/2020

Nos libertés

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(Photo crédit Claudiu N. - New York en février 2020)

 

Un entretien avec le philosophe roumain Gabriel Liiceanu, sur RFI, sur fonds de crise Coronavirus.

"Si nous voulons nous consoler ou être rassurés par rapport à ce qui nous arrive maintenant, nous pouvons penser aux terribles épidémies qui ont sévi dans l’histoire de l’Europe et du monde. Certes, ce que nous vivons en ce moment est inédit, mais nous devons relativiser et éviter la tentation du désespoir apocalyptique. En fait, il s'agit d’une guerre sanitaire et d’une guerre économique. La guerre sanitaire a l’air d’être menée plutôt dans de bonnes conditions. En revanche, la guerre économique est incertaine, nous ignorons comment nous sortirons de cette période, mais nous en sortirons. D'un autre côté, je me demande à quoi va ressembler un livre après cette pandémie. Nous ne serons plus les mêmes. Beaucoup de gens ont compris que l’humanité ne pourrait plus continuer à vivre comme jusque-là. La globalisation sera remise en question. Elle a été exaltée, on a dit qu’il était extraordinaire de pouvoir circuler librement, dans le monde entier, que les cultures pouvaient se rencontrer, que tout était merveilleux, or, en ce moment, nous sommes en train de nous rendre compte que nous avons offensé les limites, les frontières. Je pense que des notions comme peuple, nation, communautés de langue, de valeurs, seront revalorisées, sans que nous soyons obligés pour autant de bafouer les droits fondamentaux de l’homme.

Ces derniers jours, j’ai été en contact permanent avec des amis de l’étranger, des Etats-Unis et de l’Occident européen. Savez-vous comment des intellectuels humanistes comme nous perçoivent l’actualité ? Ils ne sont pas trop impressionnés par le fait que les gouvernements semblent gérer la guerre sanitaire, mais ils déchiffrent une ruse du Pouvoir derrière ces mesures. Car eux non plus, ils ne font pas confiance au Pouvoir et aux gouvernements, et ils pensent que, une fois ces libertés limitées, une démocratie totalitaire pourrait se mettre en place. Ils pensent donc qu’il s’agit d’une hypocrisie fondamentale du Pouvoir qui veut nous faire croire qu’il est préoccupé de notre bien, qu’il veut nous protéger, et que les libertés qu’il est en train de restreindre, avec notre accord, continueront d'être limitées dans le futur. En Roumanie, la situation est encore plus grave, parce que nous sommes habitués, depuis trente ans, à ne plus faire confiance, nous savons que les hommes politiques nous utilisent simplement comme une masse de manœuvre dans leurs propres intérêts. C’est pourquoi, avec ce nouveau gouvernement (qui, heureusement, est à bonne distance de celui que nous avons eu précédemment), nous nous demandons si ces gens-là sont préoccupés vraiment de notre bien. Les mesures de restriction semblent être acceptées par tout le monde comme des mesures rationnelles. Mais pour ce qui est de la guerre économique, c’est dramatique. En ce moment, nous sommes dans un brouillard fiscal épais.

La position de chaque homme normal devrait être celle-ci : chacun décide de ce qu’il fait de sa propre vie, sauf que cette épidémie ne se limite pas à notre vie individuelle. L’irresponsabilité de ceux qui ne respectent pas la distanciation, le confinement, met en danger les autres. Tout le problème est là : si vous tombez malade, vous transmettez la maladie à vingt autres personnes." (L'article avec l'enregistrement audio Coronavirus/Gabriel Liiceanu)

 

En France, où il y a un problème de masques disponibles pour la population (ils sont en vente en pharmacie uniquement pour le personnel de santé), chaque collectivité territoriale gère à sa manière. La Mairie de Nice va distribuer un masque gratuit aux habitants : on accède au formulaire de demande de masques sur internet (ou on commande par téléphone), et on indique son nom, son domicile, son numéro fiscal. On reçoit un numéro d’enregistrement, et quelques jours après, une convocation avec le lieu, la date et l’heure pour retirer le masque, et les justificatifs à présenter : convocation comportant le QR code imprimée ou lisible sur le téléphone, un justificatif de domicile (avis de taxe d’habitation ou facture EDF, téléphone…), l’attestation de déplacement dérogatoire sur laquelle il faut cocher le motif 4 (déplacement pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables ou la garde d’enfants)..

Quand j’ai expliqué tout cela à mon fils, il a ri et a dit qu’aux Etats-Unis ça ne marcherait pas...Bien sûr. Tout cela pour un masque de protection, que j’aurais dû acheter normalement en grande surface, en pharmacie, au bureau de tabac, au distributeur, etc..,  pour quelques euros. Tout le monde dispose de ces quelques euros, après tout. J’ai reçu la convocation, j’irai donc retirer mon masque, munie de tous ces papiers justificatifs, et avec un sentiment inconfortable.. Nous glissons vers quelque chose, et j’ai l’impression de l’avoir vécu une fois, puisque je le reconnais..

 

Voici deux activités du confinement : mon album photos Confinement 2020

 et le Live organisé par DJ Klaws (Claudiu) ce week-end:  https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1015748315201...

01/04/2020

La Chine et nous

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(Mes photos- Nice, l'Avenue Jean Médecin pendant le confinement)

L'article Chinavirus (que je traduis librement plus loin) met en perspective le contexte dans lequel nous vivons et nous fournit quelques données concrètes, que nous aurions pu oublier ou ignorer. Dans le texte d’origine, vous trouverez les hyperliens vers les articles en anglais cités par l’auteur.   

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11/03/2020

La Covid-19

(Mes photos- La première Super lune de l'année)coronavirus, sécurité sanitaire, église, philosophie

Il existe des moments quand le présent vous semble être en régression comparé à d’autres époques éclairées par des esprits brillants, trois ou quatre par siècle, pas plus. Parfois, cette évidence vous frappe, vous, spectateur et acteur à la fois, bien ancré dans le présent. C’est assez décourageant. L’Italie vient de décider la quarantaine pour ses 60 millions d’habitants. Rester chez soi, se déplacer en cas de nécessité. Ce sont les consignes à suivre. Tous les pays sont en train de prendre des mesures de sécurité sanitaire, mais les systèmes de santé sont différents. Les comportements civiques aussi. C’est le moment de prendre Pascal à la lettre : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre »

Les Roumains quittent en hâte la péninsule (ils sont plus d’un million à y vivre, c’est la communauté la plus nombreuse), et ils retournent en Roumanie. Là, c’est connu, il n’existe pas de procédure prévue pour de tels moments, comme dans les pays occidentaux, et d’ailleurs, il n’existe pas de stratégie pour rien du tout, on fonctionne au jour le jour, depuis trente ans déjà. Heureusement, le pays est membre de l’UE, il copie sur les autres, il décrète les mêmes mesures que les autres. Sauf que le comportement des Roumains a du mal à s’y plier - ne pas respecter les règles, les contourner, s’arranger, se débrouiller, d’une façon ou d’une autre, c’est une manière de vivre. Un quotidien écrit que le nouveau sport national c’est d’arriver à tromper la police des frontières quant au lieu de départ: les gens déclarent donc venir de Grande Bretagne, d’Allemagne, en aucun cas d’Italie. Certains empruntent des trajets déviés, ils se rendent dans un pays voisin de l’Italie et de là ils prennent un vol à destination de la Roumanie. Il est vrai qu’en Italie les témoignages du personnel de santé dans les hôpitaux sont terribles, écrit « L’Obs » en ligne : « Nous devons choisir qui intuber, entre un patient de 40 ans et un de 60 ans qui risquent tous les deux de mourir. C’est atroce et nous en pleurons ».

Mais en Roumanie, qui ne dispose pas de moyens concrets suffisants pour faire face à une épidémie de proportions (quelles que soient les déclarations de circonstance des politiques), il y a un autre facteur aggravant : l’Eglise orthodoxe et ses déclarations décalées dans ce contexte, par exemple à propos de l’Eucharistie (les fidèles utilisent tous la même petite cuillère) et du rituel consistant à embrasser les icônes. « Nous, dans notre orthodoxie, nous ne négocions pas la préparation et célébration des fêtes pascales. » Et les intellectuels de la nouvelle vague, diplomates après ’89 et possesseurs de doctorats (en France !), y rajoutent des arguments un peu plus fins: « L’Eucharistie est une dimension spirituelle, qui doit être respectée par ceux qui l’assument. La distance entre l’espace sacré et l’espace profane ne saurait être abolie, car rien n’aurait plus de sens dans la vie spirituelle. Le croyant est simplement protégé quand il communie, ou quand il embrasse les icônes, c’est au-delà du rationnel, c’est supra-rationnel » (sic!) (Radio Europa libera en ligne). Le porte-parole de l’Eglise orthodoxe dit que celle-ci n’entrera pas en quarantaine, « car elle appartient au Christ, et non à une autorité séculière », « vous ne pouvez pas transformer l’Eucharistie en un élément pathogène, c’est un blasphème de point de vue spirituel, et une ineptie intellectuelle ». Voilà. Allez leur dire que le blasphème est un crime imaginaire…

Faisons un bond de plus de 350 ans en arrière, chez le Philosophe, afin de nous ressourcer, en feuilletant le livre de Frédéric Lenoir, excellent pour la circonstance. Selon Spinoza, les religions doivent être tolérées mais soumises à la puissance publique.

« Les pratiques ferventes et religieuses devront se mettre en accord avec l’intérêt public, autrement dit si certaines de leurs expressions sont susceptibles de nuire au bien commun, il faudra les interdire. » « Je déclare l’homme d’autant plus en possession d’une pleine liberté qu’il se laisse guider par la raison. » (Traité théologico-politique, 1670). Un siècle avant Voltaire et Kant, Spinoza est le premier théoricien de la séparation des pouvoirs politique et religieux et le premier penseur moderne de nos démocraties libérales. Spinoza n’est pas athée, bien sûr, mais il ne croit pas au Dieu révélé de la Bible. Pour lui, Dieu est un Etre infini, véritable principe de raison, de sagesse philosophique. Il propose un dépassement de toutes les religions par la sagesse philosophique qui conduit à l’amour intellectuel de Dieu, source de Joie et de Béatitude. Pour Spinoza, la religion correspond à un stade infantile de l’humanité. Il souhaiterait que les lumières de la raison permettent aux humains de découvrir Dieu et ses lois sans le secours de la loi religieuse et de tous les dogmes qui l’accompagnent, qu’il considère comme des représentations puériles, sources de tous les abus de pouvoir possibles.

La conception spinoziste de Dieu est totalement immanente : il n’y a pas un Dieu antérieur et extérieur au monde, qui a créé le monde (vision transcendante), mais de toute éternité, tout est en Dieu et Dieu est en tout à travers des attributs qui génèrent une infinité de modes singuliers, d’êtres, de choses, d’idées. Deus sive Natura. L’éthique immanente du bon et du mauvais remplace ainsi la morale transcendante et irrationnelle du bien et du mal. La Joie parfaite, la Béatitude, est le fruit d’une connaissance à la fois rationnelle et intuitive qui s’épanouit dans un amour universel, fruit de l’esprit, un amour intellectuel de Dieu. Il y a trois genres de connaissances : l’opinion et l’imagination, qui nous maintiennent dans la servitude, la raison, qui nous permet de nous connaître et d’ordonner nos affects, et un troisième, en prolongement du deuxième, l’intuition, par laquelle nous arrivons à l’adéquation entre notre monde intérieur et le cosmos entier. « Plus on est capable de ce genre de connaissance, plus on est conscient de soi-même et de Dieu, c’est-à-dire plus on est parfait et heureux » (Ethique). Donc, union à un Dieu immanent par la raison et l’intuition. « L’homme vertueux n’est plus celui qui obéit à la loi morale et religieuse, mais celui qui discerne ce qui augmente sa puissance d’agir ». Et c'est justement la libération de la servitude qui augmente notre puissance d’agir et notre joie. Plus nos sentiments et nos émotions seront réglés par la raison, plus nos passions seront transformées en actions, plus grande sera la part de notre esprit qui subsistera à la destruction du corps. La liberté s’oppose à la contrainte, mais non à la nécessité. On est d’autant plus libres qu’on est moins contraints par les causes extérieures et qu’on comprend la nécessité des lois de la Nature qui nous déterminent.