Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/10/2026

L'Amour et l'Occident

violences,europe,occident actuel,livre denis de rougement

(Photo -La Promenade du littoral, Cap3000) 

Vous reconnaissez, bien évidemment, le titre de l’ouvrage de Denis de Rougemont. Etrangement, il m’est revenu en mémoire hier soir, après avoir vu les images de ces capitales européennes quasiment assiégées par une partie de leurs propres habitants -Paris, Bruxelles, Londres, Berlin. Des flammes, des violences, et des drapeaux palestiniens. C’était, comme pour le 11 septembre 2001, une manière de célébrer le massacre du 7 octobre 2023. Peut-être que les individus n’étaient pas les mêmes, mais la transmission est toujours assurée. La haine, comme une déferlante en train de balayer toute trace de civilisation. J’ai pensé que l’Occident ne tarderait pas à être détruit par l’alliance des gauches et de l’islamisme, une évidence. J’ai pensé aussi que ce nouvel embrigadement idéologique, plus sombre que le maoïsme, le nazisme, le stalinisme, car fait d’islamisme et d’antisémitisme, prendra le dessus dans nos sociétés fracturées. J’ai revu, dans les manifestations de rue, les drapeaux palestiniens présents aux côtés de tous les syndicats, et je me suis dit que cela était sans doute acté quelque part…

Vous vous souvenez, dans ses livres (L’Amour et l’Occident, Les mythes de l’amour), Denis de Rougemont explique pourquoi l’Occident est avant tout une conception de l’Amour, et que l’amour occidental est apparu aux lisières médiévales de l’inconscient, annoncé sous le couvert des symboles et du mythe. C’est le génie du Moyen Age occidental d’avoir trouvé un code pour l’expression de l’amour, en immortalisant ainsi un effort de dépassement dans la psyché. Les produits lyriques et les romans courtois sont des exemples de ces efforts pour plier la relation amoureuse aux hautes exigences morales qui se cristallisent dans cette époque où idéal et réalité sont constamment opposés l’un à l’autre. Le Moyen Age occidental a enregistré des temps forts et des sursauts dans les consciences plus encore que dans les institutions, et le XIIème siècle (sur lequel j’ai travaillé à une époque) est considéré le siècle de l’éveil: sensibilité spirituelle, élaboration doctrinale, savoir qui s’inscrit dans les voies de l’éthique et qui n’a de sens que s’il est instrument de salut, conception du Bien, en tant que présenté par la raison de l’homme, c’est-à-dire par la conscience (selon Saint Thomas).

Les maîtres scolastiques trouvent l’axe de leur théologie dans la voie de la déification de l’homme du profane au sacré, car l’espace profane et l’espace sacré s’entrecroisent au niveau de la psyché. Le rapport au sacré est le rapport de l’homme au Cosmos et il se traduit historiquement - les mythes en sont la preuve. C’est dans cette région spirituelle que se situe l’expérience d’intériorité qu’est l’amour courtois et chevaleresque, dont la manifestation reste le grand événement de l’histoire sociale et culturelle de l’Occident médiéval. L’amour courtois construit une rhétorique pour spiritualiser et donner une dignité absolue à l’amour. La thèse d’Abélard de l’intention énoncée dans la primauté de l’amour pour décider de la qualité de nos actes rejoint la dialectique paulinienne de la Loi nouvelle inscrite dans le cœur.

Voilà donc des efforts d’analyse et d’investigation rationnelle pour échafauder l’espace intérieur de la personne, de la liberté de l’esprit et de l’amour. Des siècles plus tard, Kierkegaard (Les Œuvres de l’amour) montre que toute l’attitude de l’homme devant l’amour correspond à une attitude spirituelle, sans laquelle il ne saurait exister.

C’est de cet Occident que je suis tombée amoureuse il y a trente ans, à travers mes recherches de Thèse, dans une France que je découvrais et que j’essayais de déchiffrer, car je sortais d’un totalitarisme communiste. Entre temps, j’ai assisté à son évolution et j’ai commencé à comprendre les ressorts d’une société qui changeait de manière inquiétante, oui. Trente ans après, je ne la reconnais presque plus. Heureusement, il me reste le « capitalisme de la solitude », comme disent les experts socialistes qui nous apprennent qu’il faut lutter contre le nouveau fonds de commerce de la tech… « L’isolement social devient une ressource recherchée et exploitée », selon le rapport de la Fondation Jean Jaurès. Certainement. Mais pourrait-on encore aimer les gens en vrai, quand on voit ce qu’ils sont et quels sont leurs actes ? Par pur souci de protection, on choisit de rester connecté au monde/à l’humanité indirectement et d’adapter sa communication, en général. C’est prendre nettement moins de risques.

18/03/2026

Mon visa américain

20260318_154044022 (2).JPG

 

C'est le troisième et je viens de le recevoir, valable jusqu'en mars 2036.

C'est la possibilité de voir ma famille, mais c'est aussi une forme d'espoir. 

De ma journée marathon à Paris (en fait, quelques heures entre deux vols Nice-Paris-Nice), j'ai créé un Album Photos (colonne gauche): Une journée à Paris. Mars 2026

http://elargissement-ro.hautetfort.com/album/une-journee-...

20/01/2026

Comme un lapin pris dans les phares

europe,roumanie,etats-unis,décisions

(Photo- Le mimosa, malgré tout)

C’est l’image d’un lapin intensément surpris, figé de peur, qui voit une voiture arriver brusquement sur lui. C’est exactement ce à quoi me fait penser l’UE actuellement. Mais puisqu’elle ne compte pas se laisser complètement écraser, elle est en train de chercher à mettre en place quelques solutions, plus ou moins désespérées, plus ou moins réalistes, mais des réactions quand même. L’impensable se produit sous nos yeux : son allié de très longue date se retourne contre elle, il n’est pas encore devenu son ennemi, mais ça n’a pas l’air de tarder, donc il faut prendre des décisions rapides.

Dans son récent discours au Sénat, le sénateur Claude Malhuret dresse un constat de la situation actuelle. C’est un discours brillant, comme toujours. J’en ai sélectionné quelques extraits, mais avec précaution, car je suis en train de renouveler mon visa américain de dix ans et on m'a demandé de fournir mon ID Facebook sur l’application DS-160 (je poste en général sur Facebook les liens envoyant à mes notes de blog). Le discours pourra être écouté dans la vidéo publiée sur la page de Monsieur le Sénateur. 

« La première puissance mondiale était notre alliée, elle est aujourd’hui notre adversaire. Elle était un rempart contre les dictatures, elle semble sur le point d’en devenir une. (…) Incompréhensible est la volonté de casser le système mis en place par les Etats-Unis depuis 1945. (…) Incompréhensible, l’attaque de ses alliés séculaires, pour reprendre langue avec les dictateurs en guerre contre l’ordre occidental, la destruction du multilatéralisme et le retrait de dizaines d’institutions qui donnaient aux USA une influence mondiale (…). Pour l’Europe, cette situation est tragique. Son principal allié est devenu un adversaire, l’OTAN au bord du gouffre, les menaces sur l’un de ses territoires, les guerres commerciales, le lâchage de l’Ukraine que nous peinons à compenser. (…) Pourquoi Trump est-il prêt à s’essuyer les pieds sur l’Europe au Groenland ? Pourquoi Poutine a-t-il cru qu’il pouvait envahir l’Ukraine sans réaction ? Pourquoi les Chinois inondent -ils l’Europe de leurs produits en trouvant toujours une porte d’entrée complaisante ? Pourquoi l’Europe, dont le PIB est comparable à celui des Etats-Unis ou de la Chine et dix fois supérieur à celui de la Russie, est-elle traitée comme quantité négligeable ? Parce que l’Europe n’est ni un pays, ni une puissance, ni même une confédération. Dépendante énergétique de la Russie, dépendante militaire des Etats-Unis, dépendante commerciale de la Chine, son contresens historique sur l’histoire des trente dernières années l’amène à s’effacer de l’histoire du monde comme à la limite de la mer, un visage de sable. Ses réalisations sont pourtant remarquables. La paix entre anciens ennemis, la libre circulation, le marché unique et la monnaie unique, la protection des droits fondamentaux, la politique sociale la plus généreuse. Mais elle n’a pas su répondre à trois problèmes majeurs : garantir sa propre sécurité, produire un système de décision efficace et s’inscrire dans la grande révolution du XXI -ème siècle, la révolution technologique, cognitive et financière. Si nous ne parvenons pas à relever ces défis, l’alternative sera simple : la vassalisation auprès de nos alliés ou la soumission à nos ennemis. Les solutions sont parfaitement identifiées. Un réarmement qui suppose une réindustrialisation et des investissements massifs pour devenir une Europe puissance militaire, un saut fédéral avec entre autres l’extension des décisions à la majorité qualifiée pour devenir une Europe puissance politique, enfin la mise en œuvre des rapports Draghi et Letta pour devenir, ou plutôt redevenir, une Europe puissance économique et commerciale. Tout le monde sait cela mais rien ne se passe. (…) Quant à la révolution technologique, nous sommes à des années- lumière de la mise en place des instruments financiers indispensables pour rattraper les Etats-Unis et la Chine. (…) »

Que dire de la Roumanie, dans ce contexte tragique ? Elle est entre deux chaises, comme dans toute son histoire. En plus, elle souffre d’une ALD (affection de longue durée), la corruption endémique : l’Etat capturé, une Justice aux ordres des partis politiques et des Services. Si je dois continuer à voyager aux Etats-Unis avec deux passeports liés avec un élastique (le passeport en cours de validité et le passeport antérieur, avec le visa américain), c’est parce que la décision de l’administration américaine de faire enfin entrer la Roumanie dans le programme d’exemption de visas avait été annulée au dernier moment, suite à l’élection présidentielle roumaine en 2024. Or, en fait, ce qui avait été vu à Washington comme un coup porté à la démocratie en Roumanie, c'était une erreur de casting qu'il a fallu corriger en catastrophe. Nous avions donc frôlé le pire.  

29/08/2025

Les Archives sont toujours d'actualité

corruption,cleptocratie,propagande,russie,europe,roumanie

(Photo- Une pleine lune il y a dix ans) 

Nous avons une coalition européenne formée à 50% d’anti-européens qui bloquent toute réforme. Le PSD (les "sociaux-démocrates") mène une campagne qui tue la Roumanie parce qu’il a deux priorités : maintenir ses hommes aux postes où il les a placés et ne pas perdre les canaux par lesquels l’argent public est siphonné vers les clans du parti. La moitié ou plus de la moitié du PNL (les "libéraux") travaille officieusement pour les mêmes objectifs. Pendant ce temps, l’opposition souverainiste travaille ouvertement contre la Roumanie. Les souverainistes n’ont pas de programme, ils ont un nombre des slogans, certains repris des années ’30, d’autres plus récents, récupérés chez la Securitate des années ’90, d’autres encore plus récents, de Moscou. Pour ceux qui sont incapables de distinguer entre la science et la magie, entre l’histoire et les contes à dormir debout, entre un projet de budget et le sac du Père Noël, on peut tout résoudre par le "patriotisme". Nous allons exploiter des ressources minérales inexistantes, nationaliser gratuitement les compagnies étrangères, exploiter la terre comme au XVe siècle. Le souverainisme roumain est une forme grave de retard mental - écrit un compatriote roumain sur Facebook. 

Mais le plus gros boulet que traîne la Roumanie depuis trois décennies est la Justice. On se souvient qu’il y a six ans, les ambassades de 12 pays partenaires de la Roumanie avaient publié un communiqué de presse: "Nous sommes profondément préoccupés par l'intégrité du système judiciaire roumain." Le ministre de la justice de l’époque avait réagi aux avertissements de la CE en jouant la carte de la souveraineté: "Il faut respecter nos compétences et notre spécifique national!". En clair: "Il faut respecter notre corruption nationale!"

Eh bien, aujourd'hui, après avoir frôlé le pire lors de l’élection présidentielle en décembre/mai, c’est pareil, la réforme de la Justice est impossible. Les magistrats roumains veulent maintenir leurs avantages ahurissants : la retraite à 47 ans et des pensions spéciales dont le montant dépasse le salaire. Le seul pays de l’UE qui fonctionne ainsi.

En 2019, j’ai écrit une note sur la théorie développée par un professeur américain qui analysait de point de vue politique la grande corruption et son rôle national et international ("La corruption est le nouveau communisme", à retrouver intégralement au lien en fin de page). Tout comme le communisme, la grande corruption est l’instrument utilisé par un Etat dans la consolidation de sa domination à l’intérieur et pour son influence à l’étranger. Elle n’a pas de couleur idéologique et a les mêmes effets négatifs et dévastateurs que le communisme. Elle peut avoir une pertinence géopolitique par son possible impact sur la stabilité régionale, ce qui peut déclencher des guerres. On parle de la grande corruption (qu’il faut distinguer de la corruption en général) quand ceux qui sont au sommet de l’Etat transfèrent les ressources du pays vers leurs propres intérêts, et c’est ainsi qu’une démocratie devient une cleptocratie. A long terme, la grande corruption, exactement comme le communisme, mène à la faillite économique, en empêchant le développement sain, naturel et fonctionnel de l’économie d’un pays. Au fur et à mesure que le niveau de vie se détériore et que les problèmes s’aggravent, la politique deviendra plus autoritaire (comme le régime Ceausescu, qui savait doser le mensonge/la propagande et la violence). Par ailleurs, un régime sur la grande corruption qui a échoué dans l’autoritarisme et la faillite, fera appel au nationalisme afin de continuer à trouver une légitimité. La grande corruption, pareil au communisme, engendre des régimes totalitaires et nationalistes (la Russie, la Chine, l’Iran). En Roumanie, nous avons une corruption de type russe et non occidental (avec l’orthodoxie, cela nous fait un deuxième point commun avec la société russe). Il s’agit du même type de grande corruption d’origine communiste. C’est l’une des armes que la Russie utilise pour élargir son influence et pour compromettre les valeurs occidentales. Poutine est le mélange entre un espion et le Parrain. Nous devons comprendre ce que le système  ("sistema") voudrait dire : un réseau de connexions et de relations informelles qui définissent l’essence du pouvoir dans la Fédération de Russie et, dans l’ensemble, dans l’espace post-soviétique. Les dirigeants russes puissants se sont servis du système, tandis que les faibles ont été utilisés par le système. Nous assistons à la version poutiniste du système. Tôt ou tard, Poutine sortira du jeu mais le système, lui, restera.

Le conflit actuel entre la Russie et l’Occident est un conflit entre le système occidental, basé sur l’Etat de droit et sur les libertés individuelles, et celui de la Russie, qui s’inspire, pendant l’époque Poutine, du capitalisme sauvage de type mafieux des années ’90. Le système russe n’est pas menacé par ce que fait l’Occident, mais par ce qu’il représente, et donc il est arrivé à la conclusion que pour survivre il lui faudra détruire les valeurs occidentales. Mais comme la Guerre froide avec ses deux systèmes isolés est finie, la Russie réussit à exporter ses principes à l’Occident à travers une série d’actions, qui sont autant d’armes dans la guerre asymétrique qu’elle mène. Parmi ces armes, la plus dangereuse est la corruption. Quand on peut corrompre, on peut contrôler. C’est le principe de la corruption en Russie. L’idée, c’est que si la corruption peut être exportée, alors Moscou peut attirer dans le système tout un réseau de dirigeants nationaux corrompus. C’est pourquoi, il faudra que le monde regarde au-delà des apparences, au-delà des marques idéologiques, ou du soutien de la Russie pour l’extrême droite ou pour l’extrême gauche en Europe et dans le monde entier. Il s’agit d’une chose extrêmement simple : l’exportation d’un système cleptocratique corrompu. Dans ce que l’on nomme l’influence maligne, la Russie ne se limite pas à transformer l’information en une arme, mais elle fait de la corruption et de la criminalité organisée de véritables armes. Là où la corruption est élevée, le terrain est plus fertile pour la propagande et la désinformation.

La corruption de type russe est une corruption dans laquelle un groupe fraude beaucoup et confisque les partis politiques, en les utilisant à ses propres intérêts, ce qui a des effets dévastateurs pour la société. La fraude à grande échelle a remplacé l’idéologie. En Occident, c’est l’inverse : ceux qui fraudent sont nombreux et fraudent peu, mais ils ne peuvent influencer l’évolution d’une société, n’imposent pas l’agenda publique, n’influencent pas l’activité d’un gouvernement, et ce parce qu’ils n’ont pas les instruments nécessaires. Ils peuvent avoir certains avantages d’ordre matériel, mais ils n’arrivent pas à influencer la qualité de l’acte de justice, par exemple, tandis que dans des pays comme la Russie, la Roumanie, la Moldavie, la Serbie, l’Ukraine, où les super riches contrôlent la société, ils l’influencent sans rendre des comptes. La grande corruption est considérée un problème de sécurité internationale. En Roumanie, un autre grave problème s’ajoute à la grande corruption : la dé professionnalisation due à l’absence d’éducation de l’élite dirigeante. Certes, on a un instrument démocratique, le vote, mais vu que la grande corruption influence, manipule, contrôle, que le pays se vide et va allègrement à sa faillite, il est très compliqué d’exercer ce vote efficacement.

(http://elargissement-ro.hautetfort.com/archive/2019/04/02/la-corruption-est-le-nouveau-communisme-6140907.html)