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12/07/2017

Je reste en France

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(Mes photos- Laveurs de carreaux, Nice Etoile)

Voilà un quart de siècle que je vis en France, et son administration ne m’est plus étrangère. La qualité fondamentale que je lui trouve, c’est qu’elle n’est pas corrompue (du moins au niveau des services de base). Vous ne glissez pas quelque chose (argent, cafés, chocolats, parfums, etc…) pour obtenir un document auquel vous avez droit, comme c’est la coutume dans certains pays, vous ne payez pas en même temps votre billet de train et le guichetier qui vous le donne, comme en Inde. Si les fonctionnaires français ont de nombreux privilèges, c’est bien pour empêcher la corruption. Seulement, la nature humaine étant ce qu’elle est, il existe un revers de la médaille. On ne se sent pas forcément motivé pour accomplir attentivement ou correctement les tâches de son poste de travail (on a la sécurité de l'emploi), on peut faire preuve d’un manque de souplesse élémentaire à établir des connexions entre les cases, ce qui peut créer des bugs ou des dysfonctionnements surprenants.. Je me suis parfois demandé si la personne en face de moi était hostile, ou simplement stupide ou obtuse.


Depuis que j’ai créé CEFRO et que je m’intéresse de plus près aux aspects de la gestion en entreprise sous l’angle des ressources humaines (compétences professionnelles -techniques et émotionnelles- un domaine passionnant), j’ai enrichi mes capacités de compréhension et d’évaluation. Dernièrement, j’ai rencontré un dysfonctionnement administratif en chaîne: une démarche tout à fait banale a pris sept mois au lieu de deux semaines. La négligence d’un agent administratif, suivie de l’erreur de saisie faite par un autre, et de là, un blocage dont personne dans le même service ne comprenait la raison. Finalement, ma requête avec le déroulé des faits, adressée au palier hiérarchique supérieur, avait permis de clarifier les choses, et la réponse normale était immédiatement arrivée. Oui, il faut être confiant et patient, mais il faut s’informer constamment et faire preuve de vigilance..

Néanmoins, la France est un Etat de droit, et j’y reste. Des millions de Roumains vivent actuellement en dehors des frontières de leur pays. La Diaspora roumaine compte environ 3-4 millions de personnes, à peu près partout dans ce vaste monde. Cet article examine un récent document publié sur le portail administratif du Gouvernement roumain: « La stratégie nationale concernant les Roumains de l’étranger pour la période 2017-2020 ». Il y est question de vision et d’objectifs, mais je n’ai pas eu la force de parcourir le document dans son intégralité. Cela à cause de la langue dans laquelle il est rédigé, et qui me rappelle les cours de socialisme (scientifique..) obligatoires de l’époque d’avant ’89 (il m’est arrivé même de pleurer en préparant l’épreuve éliminatoire qui précédait les épreuves de spécialité, tant le vide conceptuel était sidéral et mon cerveau refusait de le retenir). Je vais donc résumer l’article de presse.

Le nombre de Roumains qui quittent leur pays est en forte croissance, et sous cet aspect seule la Syrie fait mieux. La Roumanie se retrouve confrontée à la plus grave crise démographique de toute son histoire de paix. Les Roumains qui partent à l’étranger pour travailler ont tendance à s’y installer, ils ne souhaitent plus retourner. L’Etat roumain devrait créer les conditions permettant le retour de ses citoyens. Les objectifs de la relation entre l’Etat et la Diaspora se résument ainsi: soutenir l’apprentissage de la langue roumaine; financer et promouvoir la composante culturelle et spirituelle par les églises roumaines à l’étranger; soutenir l’intégration des Roumains dans les communautés d’accueil.

Par "composante spirituelle" il faut comprendre l’apprentissage du roumain et l’appartenance religieuse chrétienne orthodoxe, les deux éléments qui définissent l’identité nationale roumaine. Les institutions sur lesquelles se base l’action du gouvernement (qui a créé le Ministère pour les Roumains de l’étranger) sont: l’Institut culturel roumain (ICR), l’Eglise orthodoxe roumaine (BOR), la Télévision roumaine, la Radio, le Ministère de l’Education nationale, le Ministère de la Culture, les ambassades roumaines ou les associations des Roumains de la Diaspora.

En Occident, là où d’importantes communautés de Roumains sont concentrées, l’élite silencieuse de la communauté roumaine -médecins, ingénieurs, étudiants, architectes, hommes d’affaires- préfère le succès personnel et l’intégration profonde, voire l’assimilation, dans leur pays d’accueil, et ne souhaite pas s’impliquer dans la vie de la communauté. 

Un retour en masse des Roumains est une illusion, le pays n’est pas capable d’offrir les conditions de base susceptibles de motiver une telle décision: des revenus corrects, une corruption diminuée et contrôlée, le fonctionnement normal des institutions administratives, une infrastructure décente, un système de santé de qualité, la sécurité, la stabilité législative, l’Etat de droit. Bien au contraire, la situation actuelle détermine de plus en plus de Roumains à s’expatrier, et cette fois-ci, ce sont des spécialistes et des étudiants souhaitant poursuivre leurs cursus dans des pays qui offrent un enseignement performant et des perspectives d’emploi.

La classe politique et le gouvernement n’ont ni les compétences ni la volonté que cela change. Ils sont un produit de l’ancien régime et de 27 ans de chaos, de corruption, de baisse de la qualité de l’enseignement, de plagiats, et de simulacres de justice. Nous avons affaire aussi à une vision religieuse des communautés, les églises sont encouragées et financées, mais la Stratégie omet de dire que les églises dans la Diaspora sont une importante source de clivage dans la communauté. Le secrétariat du Ministère pour les Roumains de la Diaspora est représenté par un prêtre. Celui qui a produit cette Stratégie est un prêtre.. 

A mon avis, l’Etat roumain, tel qu’il se présente, ne pourra en aucun cas assurer les conditions favorables au retour des Roumains, cela est complètement exclu, il faudra être lucide avant d'être patriote.. Mais je le vois capable, en bon continuateur du régime dont il est issu, d’un certain autoritarisme identitaire inutile, avec l’appui des Services et de l’Eglise.

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