Le Board of Peace et le défi à la cohésion européenne (23/02/2026)

Board of Peace, Etats-Unis, adhésion UE, ONU,

(Photo -Les pâquerettes en février à Nice

Ces derniers jours de février 2026 ont marqué une tension inédite au sein de l’Union européenne dont les membres ont réagi différemment à l’invitation du président américain Donald Trump pour intégrer le nouvel organisme (le BoP). Les enjeux diplomatiques entre Washington, Bruxelles et les Nations Unis sont complexes, les tensions dans l’UE montent et les choses évoluent vite.

Il y a 22 ans, exactement en février 2004, quand j’ai lancé ce blog, j’ai choisi pour titre de présentation : (elargissement-ro) Quelle place dans le nouvel espace euro-atlantique ? Je ne l’ai pas modifié et, si je n’ai pas opté pour la formule de mise à jour proposée par la plateforme d’hébergement, c’est justement pour garder la visibilité de tous les documents et de toutes les notes, des catégories et des liens qui sont là depuis deux décennies. Comme je l’ai déjà écrit, il s’agit d’un témoignage professionnel, personnel, politique aussi, et je paye un abonnement pro annuel. Mon intérêt constant est pour le « triangle » Roumanie -France (l’Europe) - Etats-Unis.

La présence du président roumain Nicusor Dan à Washington avec le statut d’observateur a divisé le pays, et pour cause, la Roumanie étant membre de l’UE (un membre vulnérable sous beaucoup d’aspects et surtout très dépendant des financements européens). Pour ma part, j’ai un avis. Néanmoins, j’ai interrogé l’IA que j’ai installée (Gemini) au sujet du BoP et de l’UE, en formulant mes questions avec attention, et sans mentionner la Roumanie (d’ailleurs, Gemini non plus ne la mentionne qu’une seule fois, au passage, dans le groupe des pays observateurs). 

Voici un résumé des réponses à mes questions.

Le BoP (ou Conseil de la Paix) entretient une relation complexe et ambiguë avec l’ONU. Complémentaire ou concurrent ? La situation est plus tendue : le BoP se veut une structure plus efficace, capable de contourner les blocages (les vétos) du Conseil de sécurité de l’ONU, mais de nombreux pays (dont la France et l’Allemagne) craignent qu’il n’affaiblisse le droit international par un système diplomatique parallèle payant (l’adhésion permanente coûte 1 milliard de dollars).

Lors de la réunion inaugurale du 19 février à Washington, il y a eu deux types de participations : les Membres (27 pays) participent activement aux décisions, certains ont payé pour un siège permanent, d’autres ont un mandat de deux ans ; les Observateurs (22 pays et entités), comme l’Inde, l’Allemagne, la Suisse, le Royaume-Uni, l’Union européenne. Contrairement à l’ONU, Le BoP fonctionne de manière plus ad hoc et discrétionnaire : le statut d’observateur a été accordé quasi immédiatement aux pays qui ont répondu favorablement à l’invitation de la Maison Blanche sans vouloir s’engager financièrement ou politiquement comme membre de plein droit. Pour l’instant, il n’y a pas de procédure standard de plusieurs années, c’est le bureau de présidence du BoP, présidé par Donald Trump lui-même, qui valide la liste des participants avant chaque sommet. Il n’y a pas de délai administratif. C’est une structure qui privilégie la rapidité business sur les procédures diplomatiques actuelles.

Le 19 février, le BoP a réuni 49 délégations, dont 27 membres officiels ayant un statut de décision (parmi lesquels en Europe : Hongrie, Bulgarie, Albanie, Kosovo) et 22 observateurs (Inde, Royaume-Uni, Suisse, Norvège, l’Union européenne elle-même, et 12 de ses états membres : Allemagne, Italie, Pays-Bas, Pologne, Autriche, Grèce, Chypre, Roumanie, République Tchèque, Finlande, Slovaquie, Croatie). On peut trouver ailleurs les autres membres des 27 qui ont signé la charte et participent aux opérations. Les grands absents qui ont décliné l’invitation pour marquer leur soutien à l’ONU ou par opposition diplomatique : France, Chine, Russie, Canada, Mexique, Le Vatican.

La France se trouve aujourd’hui dans une posture de résistance diplomatique vis-à-vis du BoP : la remise en cause du multilatéralisme (le risque de substitution, le danger de vider l’ONU de sa substance, et la primauté du Conseil de Sécurité par rapport à une entité privée), le Droit de la Force contre la Force du Droit, la fragmentation de la cohésion européenne (le BoP agit comme un puissant diviseur au sein de l’Union européenne).

Oui, l’adhésion de certains pays de l’Europe de l’Est constitue une brèche politique et institutionnelle majeure au sein de l’UE : l’UE ne parle plus d’une seule voix, il n’y a plus de consensus commun (la Hongrie et la Bulgarie ont rejoint le BoP en tant que membres de plein droit), et l’adhésion de ces pays crée une asymétrie au sein d l’UE. Ce n’est pas seulement une brèche, c’est un laboratoire pour la stratégie de division de l’administration Trump.

D’autres pays de l’Est sont tiraillés entre leur besoin de protection militaire américaine et leur loyauté envers les règles de l’UE. Comment l’UE pourrait recadrer ses Etats membres lors du prochain Conseil européen ? A Bruxelles, la situation est tendue, l’UE doit faire face à un défi majeur à la cohésion européenne. La riposte concernera trois fronts : le rappel au Devoir de Coopération Sincère (l’article 4 du Traité sur l’UE) par lequel les Etats membres ont l’obligation de s’abstenir de toute mesure susceptible de mettre en péril la réalisation des objectifs de l’UE et l’argument juridique (violer le devoir de loyauté) ; le contrôle du mandat de représentation - la Commission n’avait aucun mandat des Etats membres pour engager l’UE même comme observatrice ; le levier financier (qui reste le plus puissant), à savoir la menace de sanctions budgétaires indirectes.

Si l’UE ne réussit pas à discipliner ses membres, elle risque de devenir un spectateur financier : elle payerait pour la reconstruction décidée par le BoP, sans avoir eu de voix au chapitre sur la stratégie politique.

J’ai écouté la déclaration du président roumain à Washington. Il a précisé que la Roumanie avait le statut d’observateur (pour le moment…), mais qu’elle pouvait apporter son expertise dans la reconstruction, et a même énuméré quelques domaines d’expertise que je n’aurais pas imaginés. S’il le dit…

18:09 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : board of peace, etats-unis, adhésion ue, onu |  Facebook | |  Imprimer